24 MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE.
son frere, furent abbatues et reversées au grant dan-gier et péril de la fortune. Frederick avoit une blancheparure sur son harnas, pour estre cogneu entre seshommes, et portoit à son bras dextre ung grand voletde blanche soye. Et pour ce qu’il trouva toutes lesbanieres et ensaignes de son seigneur et frere et lessiennes abbatues et perdues, il prist le vollet [blanc ensa main et plongea ledict volet] au sang des mors tele-ment qu’il fut tout tainct en rouge couleur, excepté lemilieu du vollet qu’il tenoit en sa main, qui demourablanc. De ce fist une nouvelle baniere et s’escria :a Austrice, serviteur de Jhesucrist! » et se feristsy mer-veilleusement et de tel courage parmy les Sarrazins, ettant en occist, abbaty et mehaigna à la bonne suytequ’il eut, qu’il recouvra la bataille, et furent Sarrazinsdesconfiz. Et fut le bon Frederick teiement blcchié etnavré sur son corps en diverses parties, que la blancheparure dont ses armes furent couvertes et dont j’ay cydevant touchié, fut toute taincte et rougie de son sang,excepté ce qu’il demoura soubz la chainture de sonespée, laquele demoura blanche 1 . Et comme le blancdemoura en la pongnie du vollet et fist face parmy levermeil 2 , fist le blanc demouré soubz la chainture faceà la parure taincte du sang vermeil, venant du nobleprince pour la defïense de nostre foy ; et la bataillegaiguie par le vaillant Frederick, il fut sy bien pensé,mediciné 3 , que en brief temps il fut gary,* et régnadepuis si longhement que par vraye succession il fut
t. « Excepté que ce qui estoit suus la ceinture de son espéedemoura blanc. »
2. < Ainsi. »
3. « Et secouru do ses blecoures. »