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Tome premier.
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MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA. MARCHE.

que tout n’est pas légitimé. Et ainsy, monseigneur,en continuant mon propoz, je vous ay bien voulumonstrer que les bastars vivans et regnans en vertune sont pas à desprisier, ne à rebouter, car Dieu n’estpas accepteur des hommes, mais des vertus ou desvices. Et ne souffit point tout mon récit 1 2 , se je nevous déclaré plus amplement aucunes choses des gransfais que fist ce noble et vertueux bastard, le Roy Jehan, „vostre bisayeul*. Et sy bien 3 vescut et sy vertueuse-ment en son royaume qu’il est encoires aujourd’huynommé en Portugal le bon Roy Jehan.

Le Roy Jehan, après avoir longhement maintenu laguerre contre le Roy d’Espaigne et deffendu le royaumede Portugal devant et après qu’il fut Roy, eut sy bonnefortune de Dieu, de son sens et vaillance, qu’il desconfiten bataille le Roy d’Espaigne aydié de grant noblessede Franchoix et de Gascons. Et à celle heure le Royd’Espaigne estoit accompaignié de la puissance de sonroyaume aussy grandement ou plus qu’il fut pieça 4nul Roy d’Espaigne. Et toutesfoix le Roy de Portugaln’avoit que une partie de ses subjectz, car grant nombredes nobles de Portugal tenoient la partie du Roy d’Es-paigne et sa querele, pour les causes que j’ay dit para-vant, et de tous estrangiers n’avoit 5 que n° Angloisque ung pirate de mer luy amena en son service. Cellebataille de Giberrot gaingna le Roy Jehan de Portugal,et s’enfuyt le Roy d’Espaigne qui fist moult grant pertecellui jour, et, par ce moyen, mist le Roy Jehan son

1. « Mais tout mon récit ne suffit point. »

2. Lire : trisaieul.

3. « Qui vescut si bien, » etc.

4. < Ou plus que paravant fut, » etc.

5. « N’avoit le Roy Jehan de Portugal. »