MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 137
dicqua ung bras du Rin; il gaigna ung isle et par lesdicques il venoit à pied secq; il fist faire chaz, grueset aultres engins, comme trenchis, rollans, bastillonset toutes maniérés dont on peut villes approchier.Grans battures furent faictes, grans essays et assaulx,et jusques à faire essais de nagier le Rin à cheval, lalance sur la cuisse, pour gaignier ladicte isle du com-mencement. Et ne suis pas digne d’escripre ramente-vance devant que je ne dye vérité. Mais se la ville deNusse fut par vostre grant pere vaillamment approu-chie, assaillye et requise, elle fut par les Allemanscourageusement deffendue. Et y mengerent leurs che-vaux, et endurèrent merveilleuses doubtes, paines,povretez et mesaises. Et le duc tenoit son siégé en telejustice et police que vivres y venoient en grant habon-dance. Et, d’autre part, l’Empereur Frédéric, vostregrant pere paternel, assambla les électeurs, les princeset les grans de la Germanie, et vindrent à moult noblepuissance pour secourir la ville de Nusse, qui plus nepovoit longhement tenir sans estre perdue et prinse.Ainsy vos deux grans peres se trouvèrent en guerremortele l’un contre l’autre pour le fait de la ville deNusse, et s’approcerent sy près l’un de l’autre quechacun d’eulx povoit voir, de son pavillon, le logis etl’ost de son ennemy. Et ne fault pas doubtcr que tantde gens de bien [d’une part et d’autre], sy prèslogiez les ungs des aultres, ne vouloient point perdrele temps, et 1 que durant x jours que les deux ostzfurent ainsy approciez, maintes escarmuces et maintesappertises d’armes y furent faictes, et 2 que ce fut une
I- « Tellement que. »
2. « Et tant que. »