MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 145
murmureront et diront : Que failloit il à ce grant ducqui tant avoit de seignouries, de pays et de ricesses?que se demandoit il d’entreprendre sur ses voisins etde vouloir conquérir le monde sur aultruy ? et pluisieursaultres langaiges 1 contre lui. A ce je respons que lavolenté et extreme zele qu’il avoit au service de la foycrestienne et à l’augmentacion de l’Eglise luy faisoitemprendre et faire ce qu’il faisoit. Car son désir etaffection estoit d’aller contre les infidèles en sa per-sonne, et desiroit de se faire sy grant et sy puissantqu’il peust estre conducteur et meneur des autres, carà nulluy ne vouloit estre subject, et, se Dieu lui eustdonné vie et prospérité, il eut monstré par effect quemon récit en ceste partie est véritable, car je le sçaypar luy mesmes, non pas par ouy dire à aultruy.
Ainsy, monseigneur, je vous ay rendu compte deshaulx fais et prospérité de voz ancestres jusques àprésent. Et ne vous ay pas celé les adversitez advenues,affin que vous congnoissiez le povoir de Dieu et com-ment il peut donner et tollir à son voloir les biens defortune, en exemple que vous soyez si saige que dedoubter Dieu et ses permissions, alfin qu’il vous gardede toute adversité et vous veuille eslever en prospé-rité pour le povoir honnourer et servir, à la deffencede la saincte foy catholicque, à l’augmentacion desaincte Eglise et du bien universel de la crestienneté.
Cestuy duc Charles fut marié trois fois. La premièrefois à madame Katherine de France, fille du RoyCharles le VIF, dont j’ay parlé en ce présent volume 2 .
1. « 8e diront. »
2. « Escript. »
I
10