MÉMOIRES D’OLIVIER DE LA MARCHE. 245
les Bourguignons se missent sus, qui tenoient leschamps en grant nombre, et vivoient sur le povrepeuple en telle dérision et oultraige, que le premiermal ne faisoit que empirer par la medecine ; et lesnommoit on les retondeurs 1 , car ilz retondoient etrecourroient tout ce que les premiers avoient failly dehapper et de prandre. Et qui me demanderoit com-ment ce porroit estre que ainsi, la paix faicte à Arras,jurée et promise par le Roy de France si sollempnel-lement qu’il est cy dessus escript et touchié, sescappitaines, serviteurs et gens d’armes pilloient et cou-roient les pays de Bourgoingne, et leur portoient, beau-coup plus de dommaiges qu’ilz ne firent du temps dela plus forte guerre qui oncques fut entre eulx, à ceje respondz, et vray est, que le Roy et le royaulme deFrance furent en icelluy temps fort chargiez de grantnombre de gens d’armes de divers pays et contréesqui avoient bien servy, et leur falloit pour le devoir,faire entretenue, paiement ou recompense. Et à quoy leRoy ne povoit fournir, pour les affaires passez, portezet soubstenus ; toutesfois jamais ne les porta ou soubs-tint en ceste querelle, mais les habandonna et désa-voua, par cris publicqs et universelz 2 ; et ay bonne
français et bretons, chassés du nord par une armée de Philippe leBon rassemblée à Douai, firent irruption en Champagne, d’où ilsarrivèrent en Bourgogne.
1. Il y avait parmi eux beaucoup d’anciens gens d’armes amenésde Picardie par le comte d’Étampes. (4* compte de Jean de Visen,receveur général de Bourgogne, aux Archives de la Côte-d’Or,B 1689.)
2. Le 15 septembre-1438, le roi donna des lettres qui ordon-naient aux capitaines des Écorcheurs de ne point ravager lesterres du duc de Bourgogne. (Archivesde la Côte-d’Or; Canat, op.oit., p. 385.) Jacques de Rochefort avait été précédemment envoyé