Buch 
Histoire générale de l'Europe par la géographie politique / par Edward A. Freeman ; traduit de l'anglais par Gustave Lefèbvre
Entstehung
Seite
IV
JPEG-Download
 

IV

PRÉFACE.

III. La domination romaine. — La péninsule italienne neressemble pas à la péninsule hellénique : elle est plus rigide;le développement de ses côtes est moindre, et les îles ne foi-sonnent point autour d’elle. Ses ouvertures ne sont point, commecelles de la Grèce, tournées vers l’Orient ; mais, pour racheter cesdésavantages, elle est située au centre même du monde méditer-ranéen, et la Sicile la prolonge jusqu’en vue de l’Afrique. Beaucoupplus que la Grèce, l’Italie est continentale. Son histoire est cellede populations indigènes visitées sur les côtes seulement par desmarins étrangers, et qu’une cité de laboureurs a réunies sous seslois.

Rome, qui a employé ses premiers siècles à grossir et arrondirson territoire comme fait un paysan de son domaine, a donné àsa domination la continuité territoriale. Comme tous les conqué-rants, elle a continué de conquérir, parce qu’elle avait com-mencé. Ses premières guerres en ont amené d’autres ; ses pre-miers succès ont rendu les autres à la fois nécessaires et faciles,et elle a fini par croire qu’elle avait mission de soumettre lespeuples : la conquête est devenue pour elle une profession. Ellea beaucoup agrandi en Europe le champ de l’histoire, en y fai-sant entrer la Gaule, l’Espagne, la Bretagne et tout le pays situéentre les Alpes et le Danube qu’elle a dépassé. Pour exploiter etgouverner les territoires soumis, elle a inventé la province. Sonadministration a détruit les peuples anciens et fondu les vieillesdivisions, historiques ou naturelles, dans l’unité de Yorbis romanus ,c’est-à-dire de la belle région méditerranéenne, au centre de la-quelle s’élevait « l’immobile rocher du Capitole ». Les cités grec-ques, chacune pour son compte, avaient semé des colonies grec-ques : Rome s’est agrandie jusqu’à devenir un monde ; fiebatorbis urbs, a dit Yarron. Il y avait eu un monde grec, mais pointd’empire grec : il y eut un empire romain.

L’action de Rome a été profonde: elle a transformé des peuples,mis l’ordre à la place de l’anarchie, enseigné aux vaincus salangue, ses mœurs, sa religion et ses lois. On ne peut qu’admirerune puissance si extraordinaire ; mais il est douteux que tous leseffets en aient été bienfaisants. Toute éducation uniforme estdangereuse, car la variété des individus est nécessaire au progrèsde l’activité humaine. Plus il y a d’individus concurrents, plusfécond est le travail univei'sel. L’uniformité immobilise ou force