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Histoire générale de l'Europe par la géographie politique / par Edward A. Freeman ; traduit de l'anglais par Gustave Lefèbvre
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IX
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PREFACE.

IX

la terre romaine par excellence, et les Burgondes, à qui leurchancellerie romaine fait parler, quand ils s’adressent à l’empe-reur, un langage de serviteurs très humbles. Et pourtant, cesentiment que les Occidentaux professent pour l’Empire, est unesuperstition : c'est la peur d’un fantôme. L’Empire n’est plus rien.Une puissance nouvelle va conduire l’histoire en Occident : c’estl’Église.

L’Église chrétienne, après avoir vécu cachée dans l’Empire,après avoir bravé ses lois et souffert ses persécutions, avait reçude lui le droit de cité, des honneurs, des privilèges, la richesse,et le modèle d’une hiérarchie de gouvernement. La hiérarchieimpériale était en effet reproduite dans les cités par les évêques,dans les provinces par les métropolitains. L’évêque de Rome,successeur de saint Pierre, patriarche unique de l’Occident, saluédéjà du titre d’évêque universel, était au spirituel ce qu’était autemporel le successeur d’Auguste. L’Église ne gouvernait passeulement les esprits par son dogme et par sa discipline : elle lespossédait tout entiers. La sève intellectuelle de l’antiquité ne pro-duisait plus que de petites fleurs misérables, sans couleur ni par-fum. Hors de l’Église, il n’y avait point de vie; hors d’elle, pointde salut pour les barbares. Pour ne point s’être entendus avecelle, Wisigoths, Burgondes, Vandales, Ostrogoths, peuples chré-tiens mais hérétiques, n’ont fait que passer sur la scène. L’Égliseet les populations romaines ne les ont point chassés : elles n’enavaient pas la force, mais elles ont laissé les Grecs reprendrel’Italie, et elles ont aidé les Francs à conquérir la Gaule, puis l’Occi-dent.

IV. Les Francs et l’Église de Rome. — De même que l’Église,survivant à l’Empire, était faite pour accueillir les peuples nou-veaux et leur donner les moyens de vivre avec les populationsanciennes; de même les Francs, isolés à la frontière septen-trionale, partie sur terre d’empire et partie sur terre germanique,étaient bien placés pour ménager la transition entre le passéqu’avaient rempli les Romains et l’avenir qu’allaient remplir lesnations germaniques. Ils avaient l’heureuse fortune de n’ètrepoint des nouveaux venus : ils avaient connu Rome et l’avaientservie; pourtant ils n’étaient point, comme les Wisigoths et lesBurgondes, de vieux serviteurs usés et des Germains dépaysés,sans communication avec la Germanie. La vigueur franque eût