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PRÉFACE.
des Turcs sur le Danube. Voilà pour un long temps la questiond’Orient réglée : Slaves, Bulgares, Albanais, Roumains, Hellènes,s’endorment sous la domination du cimeterre et du croissant.
V. Ruine et reconstitution de l’Empire en Occident. —Cependant l’Europe occidentale achevait son grand travail detransformation. A la fin du xv° siècle, c’est-à-dire au moment oùl’Orient retrouvait l’unité, elle achevait de se décomposer. Poursuivre ce travail, qui a été très long et très complexe, le regardde l’historien doit se porter d’abord sur les États qui sont sortisdu démembrement de l’empire carolingien. Il faut dire États, etnon pas nations, car une nation est une personne morale, de for-mation très lente, et il n'y aura pas de nations avant la périodetout à fait moderne. Le mot État lui-même ne convient pas, sil’on y attache le sens d’un être politique organisé. La vérité toutesimple, c’est qu’après de vains efforts faits par le parti ecclésiastique carolingien pour défendre la grande idée chimérique del’unité, après toutes sortes de combinaisons essayées par les épi-gones de Charlemagne, qui forment pendant un temps une sociétéde copropriétaires de l’ancien Empire, l’irrésistible force deschoses, permanente sous les accidents de la politique et duhasard, amène la séparation de trois pays, qu’on appellera plustard la France, l’Allemagne, l’Italie. Mais la séparation n'est passi complète que l’on sache dire au juste quelles sont leurs fron-tières; du moins, le Saint-Empire confond pour longtemps encoredans son histoire le royaume d’Italie et l’Allemagne, flanquée dedeux grandes régions annexes, l’une située sur la rive gauchedu Rhin, l’autre sur la rive droite de l’Elbe.
VI. L’Empire et l’Allemagne. — Ce fut, au moyen âge, l’hommele plus occupé du monde et le personnage politique le plus sin-gulier que cet empereur-roi. Il n’était pas un monarque universel,et ne devint point le monarque d’une nation particulière. Nesachant trop comment s’appeler, il se nomma tout court impe-rator. Sa capitale légale était Rome, mais il n’y résidait point, etil n’eut pas de capitale, à vrai dire. Il ne se fixa nulle part. Commeil était le chef de la chrétienté, il ne devint point héréditaire :le pape, qui le faisait empereur en le couronnant, se réserva ledroit « d’examiner la personne de l’élu », et s’entendit avec lesprinces allemands pour perpétuer la coutume de l’élection. Il n’yeut donc pas en Allemagne cette continuité dans l’action monar-