PREFACE
I.XI
ce pays, qui, après avoir eu le tort de ne savoir pas défendresa vie, a la vertu de ne pas vouloir mourir. Les Slaves et lesRoumains d’Autriche et de Hongrie ne sont pas émancipés com-plètement. 11 reste des Italiens hors de Jl’Italie et des Allemandshors de l’Allemagne. Enfin l’Allemagne, en constituant son unité,s’est incorporé des Polonais, des Danois et des Français.
C’est qu’il n’arrive jamais que le monde soit gouverné par unprincipe ni qu’une pure idée prévale sur des intérêts et sur laforce. Quand la force ne dédaigne pas le principe et l’idée, ellefait pis : elle les exploite. Le principe des nationalités a pu êtreappliqué par l’affranchissement de la Grèce et de la Belgique,parce que la naissance de ces deux petites nations n’inquiétaitpersonne, et que la Hollande et la Turquie, desquelles elles se sontdétachées, étaient des États de rang secondaire. Au contraire,l’affranchissement des peuples slaves et la constitution de l’Alle-magne et de l’Italie en nations ont mis en mouvement l’ambitiondes grandes puissances, et donné cours à la vieille politique deconquête et d’agrandissement territorial.
La Russie poursuit aujourd’hui le progrès commencé depuis silongtemps, au détriment de l’empire turc; les seules guerres denotre siècle qui ressemblent à celles des siècles précédents, ontété faites par elle à la Turquie. Elle a trouvé devant elle, en 1854,la France et l’Angleterre, coalisées au nom du vieux principede l’équilibre européen. Mais la Russie sait jouer du principe desnationalités, au nom duquel elle a fait, il y a sept ans, une nou-velle guerre à la Turquie : cette fois, on a pu croire que sessoldats entreraient à Constantinople. Or, la Russie, marchant versConstantinople, donne le flanc à l’Autriche, qui suit l’impulsiond’une impérieuse destinée en descendant le Danube. Cette des-tinée avait été marquée au premier jour, — il y a plus de milleans, — par le fondateur de la marche d’Autriche. La maisondes Habsbourgs l’avait oubliée, après que la politique des ma-riages l’eut égarée dans les affaires de l’Europe : l’Italie etl’Allemagne modernes la lui ont rappelée de nos jours, l’uneen la rejetant au delà des Alpes, l’autre en lui retirant laqualité d’État allemand, pour lui imposer celle d’un État danu-bien. Mais la roule qui mène de Vienne à Andrinople et celle quimène de Pétersbourg à Constantinople se croisent : le point d’in-tersection verra de belles batailles.