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Histoire générale de l'Europe par la géographie politique / par Edward A. Freeman ; traduit de l'anglais par Gustave Lefèbvre
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LXIII
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PRÉFACE

1.1111

Cassel ont été réunis à la Prusse. La constitution de 1860 a étérédigée par un vainqueur pour des vaincus, et elle a été complétéeau cours de la guerre de 1870. Mais le roi de Prusse proclaméempereur à Versailles est demeuré roi de Prusse, et cette Prusseagrandie pèse de tout son poids sur l’Allemagne, imposant auReich entier son caractère particulier d’Etat militaire. Enfin, l'uui-fication de l’Allemagne a lésé la France mortellement.

VII. L’annexion de l’Alsace et de la Lorraine. — Ce n’est pasau terme d’une histoire de trente siècles, après s’être efforcé dediscerner seulement les plus grands faits dans le courant de l’his-toire, qu’on peut être tenté de grossir un événement ou de le malinterpréter, parce qu’il vous a touché au cœur. Certes noussavons tous les griefs que la politique française a donnésdepuis si longtemps à l'Allemagne, et rien n’était plus légitimeque le désir passionné de ces Allemands, qui voulaient arracherleur grande patrie à ce système de la division organisée où seperdaient ses forces et ses vertus. Un historien français doit re-connaître et proclamer que l’Allemagne avait absolument le droitde s’unifier et de trouver les institutions les plus propres à laprotéger contre nous. Mais personne, en revanche, ne peut nierque le mode de l’unification et le mode de la vengeance n’aientété tels que la paix générale du monde n’en soit menacée pourlongtemps.

Il parait qu’il est difficile de faire comprendre à des étrangerspourquoi nous ne pouvons nous résigner à la perte de nos pro-vinces : « C’est la loi de la guerre », disent les Allemands, dela meilleure foi du monde, et le commentaire de ces paroles sedevine : « Vous nous avez pris l’Alsace, au temps ou vous étiez lesplus forts; nous sommes les plus forts aujourd’hui, nous lareprenons ! » C’est en effet le langage de la vieille politique ; iln’aurait surpris personne au siècle dernier; en ce siècle-ci, il nesurprend point les politiciens de l’ancien régime. Soit! mais toutela raison d’être de la France aujourd’hui est justement de repré-senter dans le monde une autre politique. Depuis que son unitéest faite, qu’elle n’a plus, en Europe, d’objet d’ambition déter-miné, qu’elle n’est plus occupée qu’à discuter des principes et desthéories, elle est, par excellence, la nation rationaliste et sensible,conduite par des idées et par des sentiments. L’idée que lesnations ont le droit de disposer d’elles-mêmes, qu’un peupla doit