PRÉFACE.
LXV1I
continents et tes mers. La France y veut aujourd’hui accroîtresa place, et c’est une consolation de nos défaites qu’elle y aitréussi. L’Allemagne et l’Italie réclament la leur! Une prise depossession nouvelle, chose aisée jadis, provoque aujourd’hui desrécriminations. On était à l’aise autrefois : aujourd’hui on estrapproché les uns des autres; on se sent les coudes, mais pointpour se soutenir. Nous écrivons ces lignes au moment où la me-nace d’une guerre entre l’Angleterre et la Russie plane sur lemonde civilisé, parce que ces deux puissances ne sont plus sépa-rées dans le continent asiatique que par la largeur de l’Afgha-nistan. Ainsi point de dérivatifs à chercher au dehors : le dehorsaussi est un champ de bataille. Or, s’il existait un patriotismeeuropéen, il faudrait souhaiter que l’ère des grandes mêlées fûtretardée le plus longtemps possible, car voici une considérationqui se présente naturellement pour clore cette longue série deconsidérations sur l’histoire de noire continent.
Depuis des siècles, l’Europe, qui a succédé à l’Asie, fait l’histoiredu monde, qui semble n’être plus que le prolongement de notrecontinent; mais ce sont deux très graves phénomènes, à l’heurequ’il est, que l’énorme puissance du peuple américain du Nord,et le progrès qu’a fait en Asie l’Empire du Milieu dans l’aptitudeà la défensive. Le premier, d’origine européenne, réclame l’Amé-rique pour les Américains, et il montrera quelque jour qu’ilcomprend dans l’Amérique les îles qui lui appartiennent. L’Em-pire du Milieu est un représentant, qu’il ne faut plus négliger,de l’Asie contre l’Europe.
Nous ne cherchons point, en terminant, la facile originalité deparadoxe. Après avoir descendu le cours des siècles, il est naturelque l’on veuille sonder du regard l’obscur avenir. Après avoir prisson élan si loin dans le passé, on ne peut s’arrêter net au seuildes temps futurs. Après qu’on a vu tant de changements et derévolutions, des Etats naître et mourir, et des empires s’écrouler,qui s’étaient promis l’éternité, et le nouveau se produire au mo-ment où l’on croyait qu’il ne restait plus rien à essayer, on prévoitcomme choses certaines de nouveaux changements, de nouvellesrévolutions, des morts et des naissances qui transformeront lemonde.
Il est certain que toute force s’épuise, que la faculté de fairei'histoire n’est point une propriété perpétuelle, et il n’est pas