DANS TOUTE L’EUROPE.
363
l’émir et qu’ils accablent l’Espagne par la trahison etpar l’injustice des vieux comtes. Mais il naît un frèreaux entants de Lara, et il arrive les venger, tuant lecomte avec trente vassaux, brûlant dona Lambra, dés-honorant la vieille féodalité. A partir de ce moment,les comtes, les amis des musulmans déclinent à jamais.Le massacre des enfants de Lara est un événementhistorique qui arrive en 1002; mais cette vengeance,qui consiste en une vague extermination, est évidem-ment imaginaire et ajoutée par un poète postérieur.
C’est la légende du Cid qui continue la révolution. LeCid dépasse la vieille légalité des royaumes, à tel pointqu’il ne peut plus être l’homme d’un roi ou d’un Etat;car il est le héros de l’honneur fédéral marchant seulà la conquête de l’Espagne musulmane. Son insurrec-tion est tout entière dans son héroïsme; sa démocratiese développe dans le camp de l’ennemi, où il mois-sonne par milliers les têtes de musulmans. Les trahi-sons quasi-mauresques, les hésitations timides, lesimpossibilités fictives de la vieille politique, toutes cesvieilles ruses de Lara disparaissent quand le Cid lèvel’épée. Moitié révolté contre son roi qui l’exile, récon-cilié sans se rallier à la cour, il réalise en Espagne lechoc et la réconciliation d’Héribert,d’Aleran, de Bérold,des Canosa, de la famille d’Este, des Velfes de Bavière,de Godefroy de Lorraine; et il meurt, campé seul surun rocher, « la Peria del Cid, » après mille exploitsqu’aucun roi ne peut réclamer. A sa mort, il faut aban-donner Valence, et c’est à peine si le cadavre du héros,hissé sur son cheval, l’épée au poing, l’élendart déployé,peut protéger la retraite des Espagnols, harcelés parl’armée musulmane. — Que l’on consulte l’histoire desdivers Etats de l’Espagne, on tombera de la poésie dans