Band 
Tome quatrième.
Seite
182
JPEG-Download
 

182

LA DECADENCE DANS LES VILLES.

le jour de la déroute de Charles VIII, les gibelinscommencent a.se montrer, et leur sourire implacableforce l’infortuné moine à redoubler de folie pour tenirtète au bon sens. Il place Jésus-Christ roi de la républi-que sous le vasselage de la Vierge; il renouvelle soncarnaval religieux avec une recrudescence de danses, deprocessions et de bénédictions; il fait un auto-da-fé de«tous les chefs-d’œuvre de peinture, de statuaire et delittérature qu’il parvient à ramasser. Aristote et Pla-ton sont pêle-mêle jetés au feu avec une foule de gra-vures obscènes et de trésors d’un prix incalculable; onbrûle aussi l’effigie d’un marchand vénitien qui offraitde racheter tous les objets destinés au bûcher. Enfin,toujours forcé de retourner vers le passé, condamné às’engouffrer dans les précipices du moyen âge pourtrouver une réponse à la raison des gibelins, il selaisse peu à peu contraindre à démontrer par des mira-cles que son roi est véritablement Jésus-Christ et quela Vierge voudra bien le protéger, en dépit de tout lemonde. Ses adversaires lancent contre lui d'autresmoines; des augustiniens, ennemis des dominicains,prêchent contre son impiété; le pape, qui est gibelind’esprit, de cœur et d’alliance, l’excommunie à la con-fusion des siens , et de folie en folie il se voit acculé àla dernière extrémité de prouver sa mission en repro-duisant l’épreuve du bûcher, par laquelle Florenceavait débuté au cœur du moyen âge avec Pierre deFeu. Une lueur de doute, de lumière ou d’incrédu-lité jeta une faible clarté dans l’entendement dumoine; il comprit qu’il ne pouvait impunément abor-der ce mystère perdu des ordalies, et si la crédulité desguelfes et la malice des gibelins lui avaient permis des’arracher à ce dilemme : de succomber à l’excommu-