QIJADIUJMANES. 105
■ couleur de cliair sur le reste de son etendue; les pattus et les oreilles sont couleur de cliair livide.
Differente de (ous les autres singes parson serieux, la möne ne grimace jamais. Sa iigure est tou-jours grave et calme. Sa deeence n’est pas moins exemplaire parmi celte race d’impudiques; sa dou-ceur n’est pasmeme alteree par les souffrances de la maladic. Nous en avons observe une dans ledernier raois d’une consomption pulmonaire; eile recevait avec reconnaissance les caresses et lestemoignages d’affection, lors meine que sonetat ne lui permettait plus de manger le Sucre ou le gä-teau qu’on lui presentait. (Desmouijxs.)
Nous ne pouvons nous dispenser de reproduire la description que Frederic Cuvier donne de eettecharmante espece :
Si Felegance dans les formes, la gräce dans les mouvements, la douceur dans le caractere, lafinesse dans I’intelligence, la penetration dans le regard, tout ce qui, dans un animal, enfin, peutle faire rechcrcber et donner pour lui de l'affection, offraient aux naturalistes des caracteres pro-pres ä former des groupes dans leurs classifications, la möne devrait incontestablement servir detype ä Fune de ces divisions; car eile se distingue, par ses qualites, de la plupart des autres gue-nons. Mais, si ce bei animal ne presente aucun caractere physique propre a confirmer la distinctionque ses qualites morales iudiqueraient, c’est que celles-ci tiennent sans doute ä sa nature particu-liere et a l’education que son extreme douceur lui a meritee. En effet, la möne ne se distingue es-sentiellcment des autres guenons que par ses couleurs, et celles-ci ont une variete qu’on ne ren-contre poirit chez les autres especes. Sa tele est d’un vert dore brillant; son dos et ses flancs sontd’un beau marron tiquete de noir; le dessus de ses jambes, de ses cuisses et de sa queue, d’un grisd ardoise pur; et son cou, sa poitrine, son ventre et la face interne de ses membres, d’un blaneeclatant. De chaque cöte de ses joucs, sont d’epais favoris jaune-paille, melanges de points noirs;et Fon voit deux tacbes tres-blanches de chaque cöte de la queue, au baut des cuisses, qui tran-cbent avcc la couleur foncee de ces parties. Ses pattes sont couleur de cliair livide; sa face, desyeux jusqu’au ncz, est bleuätrc, et, sur le reste du museau, couleur de cliair pure.
Cette variete de couleur avait fait penser ä Buffon que la möne etait le kebos des Grecs; maiseette Synonymie ne repose que sur une simple conjecture. Les anciens ne nous ont presque jamaisparle des singes de maniere ä les faire reeonnaitre; ils se bornaient ä nommer les animaux, commes’ils eussent ignore que les langues suivent la destinee des peuples, ou comme s’ils n’eussent ecritque pour leurs contemporains.
C’est aussi assez arbitrairement que Buffon a donne a cette guenon le nom de möne, generiquedans l’Orient pour les singes ä longue queue ; toutefois ce nom, n’ayant cliez nous aucune signifiea-tion, a pu, sans iiiconvenient, deveuir specifique. II n’est presque jamais possible au naturalisted’appliquer ä une espece etrangere et nouvellc un de ses veritables noms; mais, si celui qu’il donneest bien clioisi, quoique arbitrairement, il est toujours preferable ä ces denominations composees,lirees de quelques caracteres apparents, qui ont le grave iiiconvenient de ne point etre des noms, etsurtout de linir presque toujours, ou par ne plus etre exclusives, ou par etre inexactes.
On regarde communement la möne comme originaire de Barbarie, quoiqu’on n’en rapporte au-cune preuve. Toutefois, eile nous vient certainement d’Afriquc; et, ä la facilite qu’elle a de vivrechez nous, on peut conjecturer qu’elle setrouve principalement dans les regions septentrionales oudans les parties elevees de ce continent.
Le bei individu, type de cette description de Frederic Cuvier , s’cst, pour ainsi dire, developpcsous ses yeux. II etait extremement jeune lorsque la menagerie du Museum en fit l’acquisition; etsadouceur, mais surtout son peu de petulance, permirent de le laisser en liberte. L’äge n’a point en-core altere son bon naturel; il est devenu grand et a pris de la force; son adresse est extreme, etson ag-ilite sans egale; cependant tous ses mouvements sont doux, et ses actions semblent circon-spectes; ses desirs ont de la perseverance, mais ils ne le portent jamais ä rien de violent. Lorsqu’a-Pi’es avoir bien sollicite, on persiste ä refuser, il fait une gambade, et semble occupe d’autre cliose;i* prend tout ce qui lui plait, les objets qui lui ont attire des punitions comme les autres, et il aune adresse extreme pour executer ses rapines sans bruit; il ouvre des armoires qui ont leur clef,cn tournant celle-ci; il defait les noeuds, ouvre les anneaux d’une cliaine et cherche dans les po-ches avec une delicatesse teile, que souvent on ne sent pas sa main, quoiqu’on saclie qu’elle vousdepouille. C’est l’cxamen des poclies qui lui plait le plus, parce que sans doute il y a souvent trouvö