86
blement le prix des denrées dont le débit est circonscrit,les propriétaires ne payent qu’avec peine, & les consom-mateurs le font alors plus facilement : fi au contraire lesdenrées sont à haut prix, les moyens des propriétaires aug-mentent & les consommateurs souffrent : ainsi la distributiondes Impositions entre ces deux classes de citoyens, rendent lescontributions moins pénibles & les revenus publics plus certains.
Je crois donc que fi l'on considère l'étendue actuelledes Impôts, & en même - temps les besoins extraordinairesauxquels une grande Puissance est exposée, on ne penserapas qu'il convienne à Votre Majesté de supprimer enentier la Gabelle pour ajouter aux autres Impôts un poidsimmense de Cinquante-quatre millions.
Mais en conservant l’Impôt sur le Sel, il seroit importantde remédier aux grands inconvéniens qu’il entraîne ; & l’ony parviendroit, si le prix de cette denrée étoit égal par-toutle Royaume, car dès ce moment-Ià toute la contrebandeintérieure n’auroit plus d’aliment.
J’ai fait préparer des travaux considérables sor cette ma-tière , & j’ai reconnu par des calculs exacts, qu’en établissantle prix du Sel entre Cinq à Six sous la livre ou Vingt-cinqà Trente livres le minot dans tout le Royaume fans distinc-tion, Votre Majesté retrouveroit à peu-près la mêmesomme que lui produit aujourd’hui la Gabelle ; & cependantles peuples payeroient beaucoup moins, car un des grandsdédommagemens de Votre Majesté se trouveroit & dansi’économie des frais & dans la soppression de presque toutela contrebande, & dans la plus grande consommation des Pro-vinces où le prix du Sel seroit diminue ; néanmoins il entreroit