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Une station géodésique au sommet du Canigou dans les Pyrénées-Orientales / par Charles Martins
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STATION GÉODÉSIQÜE AL’ CANIGOU. 7

exécutés, discutés, comparés les uns aux autres par les membresde notre ancienne académie, on ne peut se défendre d’un profondsentiment d’estime pour ces serviteurs si dignes et si dévoués de lascience, mettant en commun leur savoir, leur expérience, leurstravaux, et sacrifiant leur temps, leur repos, leur santé, à la re-cherche de la vérité. L’on se rappelle involontairement ce bel élogede l’Académie par Bailly (1), telle qu’elle était en 1669,lorsque Do-minique Cassini fut appelé en France par Colbert à la sollicitationde Picard. « Dominique Cassini, dit Bailly, trouva l’Académie oc-cupée du dénombrement de nos connaissances. Elle étudiait, exa-minait les anciens pour juger leurs opinions et leurs travaux, pourdécider ce qui méritait d’être conservé et ce qui demandait à êtreperfectionné ou recommencé. L’illustre Fontenelle nous a conservéle résultat de ces conférences savantes. On croit voir les États- gé-néraux d’une grande nation assemblés pour discuter ses intérêts,s’éclairant par les abus du passé et s’occupant du bonheur de l’ave-nir. Cette nation, c’était l’espèce humaine, les intérêts discutésétaient ceux de l’esprit humain, l’Académie tenait dans ses mainsl’héritage des générations passées et la fortune des générations fu-tures. Dans ces momens de paix ou de repos où la voix du géniepeut se faire entendre, dans ces momens de fécondité où plusieursgrands hommes réunis sont capables d’un grand effort, l’Académie disposa tout pour élever l’esprit humain et le placer à une hauteuret à un degré de lumière où l’on n’eût plus à craindre les rechutesde l’ignorance et où l’on pût se passer du mouvement qui manqueaux siècles stériles. C’était en effet un renouvellement : les espritsétaient mûris par l’expérience, le génie éclairait la raison, et laraison réglait le génie. » On sent dans ces paroles émues, écritesen 1778, le souffle précurseur de 1789, et Bailly semble pressentirl’avénement d’autres États-généraux plus solennels encore, éluspar la nation tout entière pour discuter des problèmes sociauxaussi importans que ceux de la science, et réformer comme l’Aca-démie les erreurs et les abus du passé.

La Constituante avait remplacé les États-généraux et travaillait àla régénération de la France . Un système général et uniforme despoids et mesures n’existait pas. Chaque province, chaque ville avaitle sien ; de là une confusion inexprimable et un véritable obstacleaux transactions commerciales à l’intérieur et au dehors. L’assem-blée, sur la proposition de Talleyrand , nomme une commissioncomposée de Borda, Lagrange, Laplace, Monge et Condorcet , quidéposé son rapport le 19 mars 1791. Sa première conclusion était

(I) Histoire de l’Astronomie moderne, 1770, t. II, p. 337.