12
STATION GEODESIQUli AU CANIGOU.
entre dans les forêts de hêtres et du pin des Pyrénées (1) accompa-gnés des premiers rhododendrons (2). À1 745, mètres, on dépasse lesderniers champs cultivés en seigle et en pommes de terre, éche-lonnés sur une pente tournée vers le sud-est; peu après, on traversele torrent de la Lipandière, affluent du Cadi. Dans l’été de 1872,son lit était encombré d’un nombre immense de pins et de bouleauxarrachés aux pentes voisines par une avalanche du printemps. Laneige avait presque entièrement disparu le 21 août. Une autre ava-lanche tombée sur le torrent de Cadi à 1 845 mètres au-dessus de lamer mesurait encore 500 mètres de long, et formait un pont d’uneseule arche miné en dessous par les eaux du torrent; le 28 août, lepont s’était écroulé sur une longueur de 60 mètres, mais la clé dela voûte qui restait était encore d’une épaisseur rassurante. Aprèsavoir remonté de l’autre côté, on arrive au chalet ou J as de Cadi,le plus élevé de la montagne (2 100 mètres), celui où les tpuristesqui veulent voir le lever du soleil au sommet du Canigou ont cou-tume de passer la nuit. Une forêt continue de pins des Pyrénées règne de ce point jusqu’à une source dont la température est de4°,7. Les Catalans lui ont donné le nom de leur illustre compatrioteFrançois Arago en souvenir du dernier séjour qu’il fit au pied duCanigou en 1842.
A 2 320 mètres, on sort de la forêt, et l’on se trouve à la limitede la végétation arborescente, formée uniquement par le pin desPyrénées . Je n’ai pas été médiocrement surpris de voir à cette hau-teur des arbres ayant 5 mètres de haut et un tronc à l’avenant; leplus gros mesurait 2™,85 de circonférence. Les branches tordues etmutilées de ces arbres témoignent de la lutte qu’ils soutiennentcontre les ouragans et le poids de la neige qui les courbent enhiver. Quelques-uns sont morts et desséchés; mais d’autres étaienten pleine végétation. Cette limite est bien celle qu’ils ne peuventdépasser, car la montagne s’élève en pente douce devant eux, etrien, si ce n’est le climat, ne les empêche de monter plus haut;quelques sujets rabougris semblaient pour ainsi dire tenter l’esca-lade, mais ils s’arrêtaient à leur tour, et le genêt (3), le rhododen-dron, le genévrier et la bruyère commune couvraient seuls lesflancs déboisés de la montagne. Telles sont la longueur et la rigueurdes hivers, la brièveté et la tiédeur des étés dans ces hautes ré-gions, que ces arbres ne végètent que pendant quelques moisde l’année; leur croissance est donc nécessairement très lente.Un garde-général des forêts voulut bien me donner une ron-
( 1 ) Pinus uncinata.
( 2 ) Rhododendron ferrugineum,. 3 ) Uenista purgans.