45o MANUEL DU TOURNEUR.
Tout cuivre qui sort de la fonte, dans du sable, est graveleux à sa su-perfide , et cela est naturel, puisque le sable le plus fin n’est qu’un com-posé de petits graviers, qui y laissent l’empreinte de leurs formes. Onpeut diminuer considérablement la rudesse de cette surface, en fondantle cuivre dans du tripoli en poudre impalpable. Le plâtre bien cuit ettamisé très-fin, dont se servent les mouleurs en plâtre, sembleroit devoirréussir également bien : mais la chaleur du cuivre en fusion est si grandequ’elle calcine le plâtre et altère la finesse de la surface. Si l’on veut ce-pendant employer lë plâtre, il faut le mêler avec de la brique pilée ettamisée très-fin ; il réussit alors très-bien.
Quand la cuvette et le couvercle auront été moulés , et au bout dequelques jours, quand le bois se sera remis de l’effet produit par la cha-leur, on mettra la boîte au Tour; on la doublera en écaille, et on l’achè-vera de la manière que nous avons enseignée.
Le hasard procure souvent des découvertes qu’on croit neuves, et quiexistent depuis très-long-temps. Nous nous étions procuré une boîte enécaille verte , qui représentait une vue de Paris . Après l’avoir portée long-temps, la vivacité des reliefs étant altérée, nous imaginâmes (le mettre lecouvercle au Tour pour effacer tous ces reliefs, et en rendre la surfaceunie comme la boîte. Quelque soin que nous ayons pris pour effacer tousles traits, et pour polir de nouveau cette boîte, nous nous sommes aper-çus que les contours des reliefs effacés restaient toujours visibles sur lefond. Nous répétâmes cette expérience sur une boîte de loupe de buis,qui portoit aussi un médaillon en relief, et toujours les dessins étaient sen-sibles sur le fond, quoique nous nous fussions attachés à le polir le mieuxqu’il nous était possible.
On sait que ce qu’on admire le plus dans les loupes de buis, ce sontces jeux de la nature, qui offrent quelquefois à la vue un paysage, destêtes d’animaux, et autres objets qui les rendent infiniment précieuses, etqui les font rechercher. Ou peut, par le moyen que nous venons de dé-tailler, procurer à une loupe, sans aucune marque, tel effet qu’on désire.Il suffit de faire graver en creux un paysage, une tête.d'homme ou d’ani-mal, de mouler la boîte, et d’effacer ensuite ces reliefs au Tour : maiscomme ces jeux de la nature ne sont jamais réguliers, il faut, pour quel'illusion soit complète, mettre de 1 irrégularité dans le dessin, et l’onsera maître, avec la loupe la plus commune, de s’en former une quirivalise avec les plus belles. Un Amateur nous présenta un jour une boîtequ’il vantait beaucoup, paiceque, disoit-il, le hasard avoit rassemblé