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La Russie et ses chemins de fer / par Emile Barrault
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LA RUSSIE ET SES CHEMINS DE FER.

du pays et à ses traditions. Quoi qu’on en ait dit, malgré l'occupa-tion des Mongols et des Tatars, la Russie n’était asiatique ni par sacroyance ni par sa race, pas plus que l’Espagne n’est africaine pouravoir été une dépendance des Maures. Ses commencemens appar-tiennent à l’Europe . La royauté lui vint des Normands, la foi reli-gieuse des Grecs; ses métropoles furent alternativement Novgorod ,à demi hanséatique, et Kiev , à demi byzantine. Ce n’est qu’aprèsavoir été subjuguée par les bordes de l’Asie quelle pencha de ce côtéet ne regarda plus de l’autre. Facilement vainqueurs d’un pays mor-celé entre les descendans de Ruric, pour le mieux assujétir, les khansassignèrent la prééminence, parmi leurs vassaux, aux princes d’unecité nouvelle que sa situation centrale rapprochait d’eux, aux princesde Moscou, et Moscou se fit un titre de sa suprématie dans la servi-tude pour fonder la monarchie et revendiquer l’indépendance natio-nale. Cela fait, les traditions primitives devaient se renouer. Si lesTatars avaient entraîné la Russie vers l’Orient, la rivalité agressivede la Pologne la provoquait à une volte-face. Le tsar Pierre ne fit doncpas violence au cours des choses ; ce qui fut alors réputé extraordi-naire fut un retour à l’ordre ancien, déjà tenté par les précurseursdu grand homme; l’entrée de la Russie dans la famille européenne n’était qu’une réintégration. Et c’est ce mouvement qui se dévelop-pera par le réseau ferré. Or, quelles en seront les conséquences?

Les pronostics sont divers. Selon beaucoup d’esprits pénétrans etgraves, il y a lieu de tenir en suspicion perpétuelle un état qui sur-passe en étendue le reste de l’Europe , dont le peuplement est prompt,dont l’ambition est notoire, et l’imminence de cette incorporationdéfinitive suscite des craintes et des regrets. — Sans doute, dit-on,ce peuple a préservé l’Occident du dernier débordement de la bar-barie , qui s’est amorti dans ses plaines immenses; mais lui-mêmeest resté barbare, et s’il est héroïquement sorti, à l’état de nation,des mains étrangères entre lesquelles il était tombé, ce n’est pasimpunément que durant trois siècles il a été retranché de l’Europe .De sa première éducation gréco-normande il n’a retenu que le cultechrétien, et de sa longue éducation tatare il a gardé le régime de laforce. Servage sans patronage, féodalité sans chevalerie, despotismesans tempérament, église plus biblique qu’évangélique et vassalemuette du pouvoir impérial, tout en lui a un caractère matériel au-dessus duquel il a peine à s’élever; le sentiment du juste semblene lui avoir pas été révélé; il met sa passion dans l’utile et son ado-ration dans la puissance. Son type est Pierre I er , qui alliait l’imi-tation des procédés de la pratique moderne à la violence superbed’un empereur allemand du moyen .âge, tout à la fois Colbert, Lou-vois et Frédérii?Barberousse, ne faisant d’emprunts aux nations po-