28 PREMIÈRE PARTIE,
duré bien trop longtemps et a souvent porté sur des points quine s’y prêtaient nullement. Souvent aussi le fort s’en faisaitune arme contre le faible, en abusant de certaines parties ob-scures ou contradictoires. Des industries qui prospéraient dansune localité s'en servaient parfois contre la même industrieéprouvée dans une localité voisine. L'histoire abonde en que-relles de clocher, basées sur la rivalité, la jalousie, et prétex-tant des priviléges usurpés. Qui ne connaît les mille discussionsentre des corporations qui faisaient quelques articles analogueset similaires, et souvent entre les membres d’une même spé-cialité. Ce n’est pas alors qu’on pouvait dire: Il n’y a plus dePyrénées! De simples barrières étaient souvent plus infranchis-sables. Pour n’en citer qu’un exemple, nous empruntons encoreà l'historien des corporations de l’ancienne capitale de Nor-mandie le fait suivant:
Après avoir fait ressortir l’importance de la corporation desdrapiers de Rouen, les dissensions et les réclamations nom-breuses qui en surgirent tantôt pour une cause, tantôt pourune autre, l’auteur ajoute:
«Vers la même époque, les drapiers commirent un acte departialité inique et bien cruel. Il existait déjà autour de Rouende petites colonies de drapiers, à Darnetal, Elbeuf, Louviers,colonies qui, plus tard, devaient absorber le commerce de lamétropole. Les Anglais, devenus maîtres de Louviers, en dé-pouillèrent les habitants, qui cherchèrent un refuge dans lesmurs de Rouen. Obligés de travailler pour soutenir leurs famil-les, ces malheureux réfugiés voulurent exercer leur industrie.Les drapiers rouennais, sans égard ni à leur malheur, ni à leurpauvreté, s’y opposèrent, demandèrent même leur expulsion,s'appuyant sur un article de leurs statuts qui défendait de fa-briquer du drap dans la ville sans y avoir fait son apprentissage.Les réfugiés implorèrent alors la protection du roi Charles V,qui leur accorda, en-1373, de travailler dans Rouen, d’abord