Parmi les forêts de la France, j'en ai visité quelques-unesdans la Lorraine, dans la Normandie, dans le Nivernais (1) etsurtout dans les environs de Paris, celle deCompiègne, de Mont-morency, de Chantilly, deSénart ; j’ai parcouru celle deSt.-Germainavec mon ami M. Lepelletier de St.-Fargeau , dont la mémoire mesera toujours chère ; celle de Fontainebleau, avec mon gendre, M.Magon de la Giclais, qui l’inspectait en savant forestier. II m’a faitadmirer les beaux arbres auxquels la tradition ou l’admirationpublique a donné des noms : tels que le Charlemagne, situé dansla vallée du Nid de l’Aigle; le Clovis, près de la Belle-Croix; leSamson, près du rocher des Deux-Sœurs; le Bouquet du Roi,dans la vieille futaie de la Tillaie; le Tonnant, dans celle delàMare aux Evées.
Les forêts qui se sont le plus profondément gravées dans messouvenirs sont celles des bords du Rhin, de ce fleuve égalementbeau par son cours tantôt pittoresque, tantôt majestueux, parses belles villes romaines de Cologne, Mayence, Strasbourg etBâle, et par l’histoire, les romanesques légendes, poésie dont letemps l’a illustré. Il a en quelque sorte pris part aux événementsles plus importants de l’Europe depuis vingt siècles : la conquêtedes Romains, l’invasion des Francs, Charlemagne, la féodalité
pas encore acquittée. Le général, jugeant ce recouvrement inutile, enexempta ces villages en considération des dévastations que la guerre y avaitcausées. Les habitants voulurent lui témoigner leur reconnaissance pourcet acte d'humanité , et envoyèrent un jour à Mayence des députés qui,après avoir rempli leur mandat, déposèrent à ses pieds une grande corbeillc de raisin des côtes de Hocheim et de Ivostheim, dont ils le prièrentd’agréer l’hommage; le général s’étant aperçu que la corbeille avait dela pesanteur et ayant fait enlever le raisin, il se trouva au fond une cassettepleine d'or. 11 dit alors aux députés qu’il acceptait le don, qu'il gardait leraisin et qu’il leur remettait l'or en leur recommandant d’en faire la dis-tribution aux victimes les plus malheureuses de la guerre. Présent àcette scène, je vis les yeux se mouiller de larmes de gratitude etj’entendisbénir celui qui représentait si bien le caractère français.
( i ) Il y a à Pont-St.-Martin , près de l’église, un Orme dont le tronc fortcontourné, à 16 mètres de circonférence.