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PRÉFACE.

géra en les précisant. Bien plus, même parmi les éléments fixés par l’ana-lyse scientifique et reconnus par ses propres observations, l’artiste aura àfaire un choix, et c’est ici que sa spontanéité, son sentiment de la naturetrouvera largement à s’exercer. En effet, il est tel temps d’une allure qui,pour être vrai, n’en est pas moins très peu vraisemblable; c’est que, parexemple, dans l’oscillation d’un membre, il est des périodes qui se passentsi rapidement, qu’elles ne font pas d’impression sur nos sens : la repro-duction de ces périodes, quoique conforme à la vérité, ne serait pas chosevraisemblable, puisqu’elle ne répondrait pas à des choses visibles d’ordi-naire à l’œil de l’observateur. C’est donc dans cette distinction du vraivraisemblable et du vrai absolu, mais non tangible en dehors de l’emploides instruments d’analyse, que l’artiste aura à exercer son observationpropre et à faire preuve de jugement. Du reste, hâtons-nous de le dire, iciencore il pourra être aidé par les faits mêmes que lui révèlent l’analysegraphique et la reproduction photographique, puisque ces reproductionsdu mouvement lui donnent à la fois la succession des périodes et la duréerelative de chacune d’elles.

Un exemple extrêmement simple fera comprendre notre pensée : quandun forgeron frappe le fer de son marteau, celui-ci, qu’il soulève et laissepériodiquement retomber, occupe successivement toutes les positions gra-duelles de l’ascension et puis de la descente. Tous nous connaissons cejouet si répandu aujourd’hui, qui, sous le nom de phénakisticope, aumoyen d’images successives venant tour à tour impressionner l’œil, nousdonne, entre autres illusions, celle du mouvement d’un forgeron qui bâtiefer : quand l’appareil tourne, nous voyons l’ouvrier qui soulève pénible-ment le lourd marteau, puis le laisse brusquement retomber. Arrêtonsl’appareil et voyons par quelle succession d’images a été obtenue cette illu-sion d’optique pour représenter l’ascension du marteau, quatre ou cinqfigures successives ont été représentées; c’est que ce mouvement est relati-vement lent; l’œil peut saisir le marteau à chaque instant de sa marcheascensionnelle : au contraire, il n’a pas même été fait une seule figure dumarteau dans son mouvement de descente ; à celle qui le représente ausommet de sa course, succède brusquement celle qui le peint arrivé surl’enclume; c’est à cette condition seule qu’a été obtenue l’illusion de ladescente du marteau se précipitant sur le fer, parce que cette descente estbrusque, instantanée, et que nul œil ne peut se vanter de saisir le marteauà une période quelconque du mouvement par lequel il se précipite sur