- 358 -
ainsi de son souverain ; mais ceux-ci ne virent qu'ungrand homme noir qui se dressa devant eux en leurcriant : « M’entendez-vous? » Ou : « Qu’attendez-vous? »Ou encore, suivant une autre version : « Amendez-vous. »Cette chasse diabolique se fit entendre, un soir, de Sullyqui sortit de son pavillon, croyant que le roi rentrait,tandis qu’il fut prouvé que celui-ci était, alors, à troislieues de là. On dit que Louis XII et Louis XIV eurentdes visions analogues; pour ce dernier la scène se seraitpassée également sur la route de Moret.
Nous avons signalé, au chapitre sixième, une figure enfonte qui fut scellée, en 1848, sur un rocher de la Plaine-du-Fort-des-Moulins. Ce médaillon rappelle une légendefabuleuse qu’Alexis Durand, l’ouvrier-poëte, auteur dedeux poèmes sur Fontainebleau, est, croyons-nous, leseul à raconter L II s’agit d’une nymphe des bois, à lachevelure de feuillage, au front orné d’une couronne defleurs sauvages, qui se serait éprise d’un jeune chevalier,Réné de Fontainebleau, quelle voyait chaque jour ve-nir pleurer au pied du rocher en question, sur le tom-beau de sa fiancée, Délia, morte en ce lieu, piquée par unevipère (la couleur locale ne manque pas comme on voit).Les charmes ou les artifices de Némorosa, c’était le nomde la nymphe, triomphèrent, un jour, de la fidélité pos-thume que Ilénê avait jurée à sa chère Délia, et depuislors, jamais plus on n’entendit parler de l’oublieux che-valier.
Cette légende, si elle est autre chose qu’une fictionpoétique due à l’imagination de Durand, doit être très-ancienne, et cependant, comme nous l’avons dit tout àl’heure, ni le père Dan, si grand amateur de ces récitsmerveilleux, ni aucun des anciens auteurs qui ont écritsur Fontainebleau n’en fait mention ; nous sommes donc
1. M. Leroy en parle aussi, mais sa version diffère complète-ment de celle de Durand, et n’est évidemment qu’une plaisanterie.