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Il est évident, que pour avoir des frontières solides, il faut que la Suisse soit en pos-session de tout le Jura , et principalement des gorges qui font la seule communication avecla France. Napoléon ayant très-bien reconnu l’importance de ce point, a par cette raisonet malgré sa promesse, toujours hésité de rendre ce pays. Maître de Bienne , toute laSuisse était ouverte à ses légions. Sans aucune résistance possible, même sans donner dessoupçons, il pouvait réunir ses bataillons dans les montagnes, et les transporter dansquelques heures à Berne, Soleure , Fribourg etc. Preuve sont les évènements du mois deSeptembre 1802 .
En considérant la carte, nous avons depuis Bienne jusqu’à Porentrui, sur une étenduede douze lieues, quatre grandes chaînes de montagnes, qui toutes se dirigent du couchantau levant, et renferment les différentes vallées ci-avant décrites.
En partant de Bienne par Bojeau, on parvient par une montée assez rapide, en sui-vant le cours d’un torrent appelé la Suze , et en passant par les forges de la Reuchenetteet le village de la Heutte, á Sonceboz . De là on monte à droite contre le passage dePierrepertuis, pour descendre de ce point dans la prévôté de Moutiers-Grandval ; et àgauche s’étend la grande vallée de St. lmier, qui se prolonge jusqu’aux frontières de laprincipauté de Neucliâtel, étant séparée de la Montagne Franche par la seconde chaîne duJura. C’est donc entre cette seconde chaîne et le Doubs qu’est située la Montagne Franche.Le Doubs , formant la frontière de la principauté de Neuchâtel contre la France , continueaussi de l’ëtre pour la Montagne Franche, et donne à la Suisse la frontière la plus natu-relle. Se glissant pour la plupart de son cours dans des précipices profonds, bordés pardes rochers inaccessibles, qui forment en partie la troisième chaîne du Jura , qui en sedirigeant un peu à droite, se réunit aux hauteurs de Bellelai et Glovelier ; il nous présenteune barrière impénétrable. En suivant son cours jusqu’à St. Ersänne, où il fait un coudepour retourner presque sur ses pas, on débouche de la vallée des Franches-Montagnespar un passage étroitement resserré entre la rivière et le pied du Repais.
Celui-ci, en se joignant au Lomont ou Blauberg, fait la quatrième chaîne, qui se con-tinue jusque près de Bâle .
Cornol , premier village du pays d’Ajoye, se trouve au pied du Repais, et de là lepays commence à s’aplanir, cependant toujours plus ou moins entrecoupé par des mon-ticules, mais qui ne présentent aucune position militaire.
En considérant ainsi la position excentrique du pays d’Ajoye, il est évident, que cettecontrée, séparée des autres pays de l’évéché par des limites naturelles, ne peut que, con-formément aux vœux de ses habitants, retourner a la France .
Ainsi, en déterminant, par une inspection locale, et faite par des personnes entendues,le point où la frontière devrait s’appuyer contre le Dôubs, on pourrait, en continuantdepuis là, tirer une ligne au pied du Repais du côté du Nord, suivre le pied du Lomont,réunir ainsi l’enclave de la petite Lucelle , et gagner près de Schönbuch la frontière ducanton de Bâle.
Cette question principale une fois définie, il serait facile de régler quelques particu-larités par des commissaires nommés à cet effet par les parties intéressées.
Le pays d’Ajoye ainsi cédé à la France , pourrait servir comme echange contre unepartie du pays de Gex, qui convient à Genève .
Enfin ce qui concerne l’organisation intérieure des pays ainsi réunis à la Suisse , il seprésente une marche très-simple et qui réunirait toutes les opinions, autant qu’il est pos-sible dans ces temps. En réglant les limites des cantons de Bâle et de Soleure , qui seconfondent d’une manière très-incommode avec la vallée de Lauífen, on pourrait selon ledésir des habitants, joindre le tout ou une partie à ces cantons, et former du reste, si onNe veut pas en disposer autrement, Un Canton, auquel on donnerait à l’instar des autrescantons suisses , une constitution sur des bases libérales, mais pas sur les principes d’un