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L' Asie : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / par L. Lanier
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SIBÉRIE . o3

multiplièrent leurs excursions dans ces régions nouvelles où les populationsparaissaient si débonnaires et les animaux à fourrures si abondants.

Le plus fameux de ces traitants, flibustiers et pillards qui olfraient enéchange de pelleteries des haches, des couteaux et autres ustensiles de fa-brication grossière, fut le Russe Pavlovitoh Khabarov, colon établisur la rivière Ilim, où, avec une trentaine d'associés, il cultivait la terre,exploitait des mines de sel et traquait les animaux dans les vastes forêtsde la Léna. En 1648, il sollicita du voïvode de Yakoutsk la permissiond’armer une compagnie de 130 hommes et d'entreprendre à ses frais unenouvelle expédition sur l’Amour. 11 s’engageait à découvrir une route pluscourte que celle des précédents explorateurs, il promettait de soumettre àla domination russe toutes les peuplades indigènes d’au delà des monts. Sonprojet fut accepté : il réunit 70 volontaires, reçut les instructions du voïvodequi lui ordonna, parait-il, de prélever des taxes sans recourir aux armes,sauf en cas d’attaque, et, suivant la rivière Olekma , franchit les montsStanovoï en 1650. L’Ourka le conduisit au fleuve Amour. Khabarov en longeala rive gauche, et y rencontra des forts abandonnés : le prince Ladkaï fuyaità son approche. Dans une maison, les Russes découvrirent une vieille femmequi se cachait. C’était la sœur de Ladkaï. Suivant la mode barbare du temps,on la mit à la torture, elle révéla la retraite de son frère, apprit que Ladkaïet tous les autres princes daouriens étaient tributaires du puissant princeBogdo, qui possédait des mines d’or et d’argent, des pierres précieuses, desarmes à feu richement ciselées, des troupeaux, etc., et résidait dans unecapitale entourée de remparts garnis de canons, sur la rivière Nouni-Oula.Elle désignait sans doute la ville de Tsitsikar, bâtie sur un affluent du Soun-gari. Elle ajoutait que Bogdo était lui-même tributaire d'un khan tout-puissant. Les Russes hésitèrent à attaquer un ennemi si redoutable : Kha-barov laissa une garnison dans l’un des forts, et revint à Yakoutsk .

Il demanda au voïvode une année de 6 000 hommes pour marchercontre Bogdo. On ne put que lui donner 21 streltsi, avec deux piècesde canon, et des munitions : on lui promit des renforts, et il réussità lever 117 volontaires. En 1631, Khabarov commença la campagne surl’Amour, chassa de leurs postes plusieurs chefs daouriens, construisit le fortrusse Albazine dont jl fit une sorte de dépôt et de place d’armes. — Lanouvelle de ses succès parvint à Moscou : une compagnie de 132 Cosaqueset de nouveaux approvisionnements lui furent aussitôt expédiés. Khabarovlança partout ses embarcations sur le fleuve, enleva d’assaut les forts, incen-diant les uns, rasant les autres après les avoir pillés : toutes les peupladesétaient soumises au tribut, les princes ou leurs fils emmenés en otage, etles rebelles massacrés ou mis à la torture. La terreur se répandit partoutsur les rives de l’Amour; les habitants fuyaient, abandonnant leurs oulousses(hameaux). Seuls les Atchansk ou Xatkis, secondés par les Doutchères,tentèrent de résister à l’invasion. Ils furent battus. Leurs princes récla-mèrent le secours des Chinois. Le gouverneur mandchou de INingout, surle Soungari, réunit 2 000 soldats avec 8 pièces de canon et 12 pétardspour faire sauter le fort russe d’Atchansk. Le combat fut acharné; lesChinois pratiquèrent une brèche dans le mur; mais Khabarov les refoulapar d’habiles sorties, leur tua ou blessa 676 hommes, fit de nombreuxprisonniers, enleva 600 chevaux, 2 canons, des drapeaux, un richeImün ; 90 Cosaques furent mis hors de combat.

Telle fut la première rencontre à main armée entre Chinois et Russes dans la Sibérie orientale. Khabarov était vainqueur, mais il avait perdula moitié de ses soldats, et il apprit que la Chine levait de nouvelles