92 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
séjourner pour un motif quelconque, il n’aura absolument rienà payer pendant les deux premiers jours.
» Le prix des chevaux est très modéré dans la Sibérie occi-dentale . On paie un kopek et demi par verste et par cheval,soit 4 kopeks et demi par troïka. On ne donne pas moins detrois chevaux ; si la route est difficile et l’étape longue, il arrivesouvent que le maître de poste vous en fournit quatre et mêmecinq; mais on ne paie toujours que pour trois. Ainsi, parexemple, pour un trajet de 22 verstes (23 kilom. et demi), ladépense totale sera à peu près d’un rouble, soit, au taux actuel,
2 fr. 30. On ne doit rien de plus au maître de poste; cepen-dant, pour se concilier les bonnes grâces de ce personnage impor-tant, on fera bien de lui abandonner quelques kopeks, pour jfaire un compte rond. Rigoureusement on n’est pas tenu dedonner quelque chose au yemtschik, mais il est d’usage de legratifier d’un pourboire de 10, 13 ou 20 kopeks; les cochers nemanquent pas de se redire l’un à l’autre la somme qu’ils ontreçue, et proportionnent l’allure des chevaux à la générosité duvoyageur...Pour faire face à toutes ces dépenses, il est essen-tiel de se munir, avant de quitter les villes, de deux sacs, l’unrenfermant la .monnaie de billon, l’autre les petites pièces d’ar-gent, et aussi d’un nombre raisonnable de billets de banqued’un rouble. Sans cette précaution, on éprouverait de grandesdifficultés dans les villages, pour se procurer de la petite mon-naie ou pour changer de gros billets.
» Les petits chevaux sibériens, quoique surmenés constam-ment, sont si ardents qu’il faut avoir soin de tenir la tête pen-dant qu’on les attelle. Nous montons les premiers, et le plusdoucement que nous pouvons, pour n’imprimer aucune secousseau tarantass. Au moment où le cocher saute à son tour sur lesiège, l’homme qui tenait les chevaux s’esquive ; ils partentaussitôt à fond de train, entraînant derrière eux, comme unléger tilbury volant sur une belle route, la lourde machineoscillante qui trace un profond sillon dans la fange. Chaquedépart s’effectue ainsi. Plus tard, lorsque la première impulsions’est ralentie, la vue seule du fouet, brandi dans les airs par leyemtschik, suffit à leur faire reprendre leur allure endiablée. Lepassage des ravins est particulièrement effrayant ; le commen-cement de la descente se fait assez bien et avec une lenteurprudente; mais, peu à peu, le poids de la voiture entraîne leschevaux; le cocher les retient d’abord, puis les laisse libres de