426 LES ENFERS.
* quelles fuísent innocentes,setrouuant ennuyées dc voir la lumicre,elles ortt«c auec beaucoup de violence chassé leurs âmes de leurs corps. O que maintenant« en respirant i’aird’enhaut, elles voudroient bien souffrir la pauureté, & les pei-« nés les plus dures : mais le destin s’y oppose -, le marais que Ton ne peut repasser,« les enferme de son onde morne, &: le S tix qui se replie fur elles par neuf fois, les« resserre dans vn espace fore estroit.
« Non loin de là, se découure de toutes parts la spacieuse estenduB des champs« de Déuil ( car c’est ainsi qu’ilsíont appeliez) où ceux qu’vne violente amour a« fait périr par vne cruelle blesseure, sont cachez en des lieux détournez, sous« l’ombrage épais d’vne forest dc myrrhe, fans que les soucis les abandonnent« mesmes dans la mort. Enéey apperceutPhedre,Procris,& la triste Eriphile,« qui monstroit encore les playesqu’elle auoit receuës des mains cruelles de son« propre fils , aussi bien qu’Euadné, &Pasiphaé qui auoitLaodamie pour com-« pagne, auec Cenéc, autresfois ieune-homme,& maintenant fille, qui par la«• puissance du Destin, a repris sapremiere forme. Entre ces Dames, Didon Phe-« nicienne paroissoit encore auec fa blesseure, &c. Et plus bas.
« En continuant le chemin entrepris, ils n’arresterent paslong-temps àseren-« dre dans le dernier champ , où les illustres Guerriers ont leur demeure fepa-“ rée : Là , Tydée vint à fa rencontre ; là, se presenterent à luy le valeureux Par-« thenopée, Limage d’Adraste qui conseruoitencore vne grande pâleur,& tous,c les Troyens tuez à la guerre qui furent tantregretez par ceux qui resterentau“ monde. Quand Enée en vid vn fi grand nombre autour de luy ,son cœur fut“ emù, & plaignit le sort qui auoit réduit en cét estât Glauque ,Thersiloque, &“ Mcdon les trois fils d’Antenor, Polybete consacré au seruice de Gérés, & Idée“ qui sembloit encore tenir ses armes & conduire ses chariots. Ainsi s’empref-cc soient à ses costez toutes ces âmes guerrières qui ne sc contentoientpas de i’a-* c uoirveu vne fois: elles vouloient demeurer auprès de luy, &auoienc desiein de“ Je soiure , pour apprendre le sujet de fa descente aux Enfers; mais quand les“ Princes grecs,& toutes les troupes d’Agamemnon le virent, àlafaueur defes“ armes qui brilloient dans l’obsourité, elles se sentirent saisies d’vne si grande“ crainte, que les vnes prirent la fuite, comme elles firent autresfois, quand elles sc" retirerent dans leurs vaisseaux-, & plusieurs en poussant vne voix greíle, ouuri-“ rent leur bouche vainement pour crier, Lee.
- - pars tollere vocern
Exiguam: ïnceptm damer frufiratnr hiantes , Lee.
Ensuite la Sibyle qui accompagnoit le Prince Troyen, luy fit quitter l’entretiende Deiphobedont il fit rencontre dans le champ des guerriers, Le luy dit: La“ nuict tombe d’en-haut dans ces lieux profonds, tandis que nous employons les" heures à pleurer. C’est icy l’endroit où le chemin se diuise en deux parts, la droi-' te par ôù nous deuons marcher pour aller aux champs Ely siens, meineaulïìàla" forteresse du grand Pluton, Le la gauche qui sert pour exercer la peine des mé-“ chan«,les enuoye au fond duTartare mal-heureux. Et plus bas. Enêeregar-,** dant de cous costez, apperceut soiis vne roche à main-gauche vne forteresse" enfermée d’vn triple mur que le rapide Phiegeton enuironne de ses flots“ allumez, où ce fleuue du Tartare fait beaucoup de bruit contre les cail-loux qu’il pousse auec vne extreme impétuosité. La porte de cette place s’a-“ uance d’vn front superbe à cause des colomnesde diamant qui la soutiennent“ dc chaque costé ; il n’y a point dc force humaine, nv mefme de puissance des' Dieux capable de l’ebranler. Vne tour de fer s’y eleuc dans les airs, Le Tysiphons** aflìfeauec fa robe sanglante, y veilleiour Le nuict: pour en garder l’entréc. De là“ s’entcndoient les gemissemens Le le son des coups qui faisoienc des blesseurescruelles. On pouuoit aisément discerner le bruit du fer Le des chaînes traînées.
Nous dirons fur l’autre Tableau, ce qu’il y a de reste sur ce sujet dans le sixiè-me liure de l’Eneide. TANTALE.