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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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96 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

Les premières concessions de terres faites à des colons sous la protec-tion de nos baïonnettes neurent pas de succès. On essaya d'établir descolonies militaires sous .Valée et sous Bugeaud ; mais les soldats désertè-rent vite leurs propriétés. Les pillards indigènes, les ravages de la fièvre,le mauvais état d'un sol qu'il fallait défricher, les mille tracasseries deladministration jointes aux dures conditions imposées aux concessionnaires,dégoûtèrent longtemps les plus entreprenants colons. En 1848, d'après unplan imaginé par Enfantin, on songea à transporter en Algérie les insurgésdes journées de juin, et à fournir à chacun 130 hectares de terrain et delargent. Vingt mille colons furent ainsi installés, mais la plupart manquaientdes qualités nécessaires à la colonisation, et lessai échoua. En 1860, on neconcéda plus, on vendit les terrains. La même année, un sénatus-consulteaccordait imprudemment aux tribus la propriété définitive et gratuite de tonsles terrains qu'elles étaient censées posséder. « C'était en quelque sorte» fermer la porte à la colonisation, immobiliser et stériliser dimmenses» territoires entre les mains dune population ignorante et paresseuse, ar-» rèter à tout jamais les progrès de lagriculture. » En 1873 (décret du26 juillet) on revint heureusement au régime de la propriété individuelle.L'Etat concéda gratuitement ses terres, avec condition imposée au colon d'yrésider et de les mettre en exploitation dans un délai de cinq ans. Le gou-verneur général dresse chaque année le programme de la colonisation, créede nouveaux villages, ou de nouveaux lots, et les répartit entre les immi-grants qui en font la demande. Les colons européens se plaignent générale-ment de l'insuffisance de leurs lots respectifs, protestent contre laliénationdes terres faite jadis au profit des musulmans, et proposent comme remèdeunique et souverain lexpropriation des indigènes 1 .

Superficie des terres concédées aux colons (1881): 437 120 hectaresdivises en 10 780 lots, et 9 761 familles; valeur 41590000 francs. i

Les cultures sont les suivantes : la plus importante est celle des céréales :{blé tendre, blé dur, seigle, orne, avoine, mais, fèves, sorgho, principalementautour d'Alger , Milianah, Oran , Constantine , Bône, Sétif , ISatna); puisviennent les légumineuses et les produits de culture maraîchère, qui sélè- jvent pour limportation en France à plus de deux millions par an. Lesfruits, surtout les oranges de Blida et de la Métidja (plus de deux mil-lions et demi importés en France chaque année ); les figues, amandes, ba-nanes, dattes, des plantes odoriférantes et médicinales, etc.; la vigne, jadiscultivée pour le raisin consommé frais ou sec, aujourdhui pour le vin, Iet jusqu'ici indemne du phylloxéra : les principaux vignobles sont ceux de iMascara, Médéa, Miliana, Bfme, Oran , Tlemccn, Mascara, llel-Abbès,- [lissier, Tiaret , Valmv, Marengo, Fort-National, Tizi-Ouzou, Philippeville , jMondovi, Bougie , Jemmapes, etc.; production en 1881, 27333 hectares jcultivés par les Européens et 286 213 hectolitres produits; 1 904 hectares jpar les indigènes et 2 336 hectolitres produits; le tabac, 1 893 hectares jcultivés par les Européens et 2120260 kilogrammes récoltés; 6437hectarescultivés par les indigènes et 2193338 kilogrammes récoltés.

Plantes textiles : Coton , culture aujourdhui presque abandonnée, sautdans la province d'Oran (plaines du Sig et de lHabra, 76 hectares et 385 ki-

1. Le gouvernement général, en 18S3, a proposé au Parlement dautoriser unemprunt de 50 millions destiné à racheter les terres indigènes au profit descolons. Le Parlement a rejeté le projet, et condamné par ce vote le système delexpropriation forcée des indigènes qui a souvent donné lieu aux plus gravesabus. (Séances des 27 et 2$ décembre 1883.)