loin les forgerons ; ils font surtout des étriers, des éperons etdes socs de charrue; ces derniers ressemblent exactement àla semelle d’un soulier à pointe, et feraient sourire nospaysans habitués aux labours profonds; cette lame de ferplate ne saurait entrer dans le sol, ni retourner un sillon. Ony ajoute un manche en bois fort léger qui se tient d’une seulemain; de l’autre, l’Arabe fouette son cheval, qu’on voitparfois trotter, et cette charrue primitive, passant à lacourse, entame à peine l’écorce du champ et laisse, entrechacune des petites rigoles qu’elle trace, des bandes de terrequi ne sont pas même remuées.
» Beaucoup d’industries sont spéciales à la civilisation indi-gène. La fabrication des tissus de laine est, de toutes, cellequi occupe le plus d’ouvriers. Ceux-ci tissent des burnous ;ceux-là des haïks, d’autres des lellis, ces besaces rayées decouleurs diverses qu’on jette sur le dos des mulets et quiservent de selle quand ils sont vides et de sacs à transportquand on les remplit. Ici, on tresse des bordures de burnousà l’aide d’un petit métier fort ingénieux ; là, on brode desselles, orgueil du cavalier arabe; dans une rue on fait descouffins d’alfa, dans une autre des tamis sur lesquels on sècheles grains du couscous 1 . C’est, dit-on, dans ce monde ouvrierque l’on rencontre le plus d’hostilité sourde contre les Fran-çais. Avec nos procédés de fabrication perfectionnés, nousfaisons une concurrence désastreuse à beaucoup de leursmétiers. Pour les indigènes, le bon marché passe avant lepatriotisme, ils se servent chez nous. En Algérie , commepartout ailleurs, la machine ruine le travail à la main.
» Plusieurs rues sont consacrées aux objets d’alimentation.Les boucliers ont tondu les leurs de toiles pour défendreleurs viandes contre le soleil: ces enfilades de baraques noireset sales, où l’air lourd est chargé d’odeurs fades, où pendent
1. Le couseoussoti ou couscous, plat traditionnel des peuples de l’Afrique du Nord , est fait avec du grain réduit à la grosseur de la semoule, cuit à la vapeuret assaisonné de lait et de bouillon. On le mélange avec des fèves, des courge?,des oignons et autres légumes; il est quelquefois sucré, poivré ou assaisonneavec du. jus de viande; les jours do grand luxe, on le mange avec de la viande.(V. sur le couscoussou, un article de M. Chcrbonneau, dans la Revue de géogra-phie, année 1879.)
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