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L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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200 lectures et analyses de géographie.ner dans la ville arabe. Je ne pouvais men rassasier. Pre-mière impression de nouveauté et la plus saisissante : uneville sans voitures. est le tumulte de nos cités, cette ru-meur faite de mille bruits que la nuit apaise à peine pendantquelques heures ? Ici, le propriétaire sétend devant sa mai-son, assuré du repos; les murs ont la blancheur du suaire ;les rues ont le silence de la tombe; labsence de fenêtres, lesportes toujours closes accentuent cet air de mort. Dans lesendroits il ny a ni boutiques ni cafés pour donner quelqueanimation, on pourrait se croire dans une ville abandonnée.Rien ne décèle la vie. Et quelle étrangeté daspects! Com-ment décrire ce plan plus confus que celui du labyrinthe ;ces rues qui narguent toute géométrie ; ces descentes pareillesà un lit de torrent ; ces escaliers qui ont lair de plonger dansun abîme; ces couloirs si étroits, que le frottement des bur-nous en use les murs ; ces étages en surplomb ; ces pignonsqui semblent vouloir vous barrer le passage; ces façadesaveugles il ny a pas dautre baie que la porte inhospita-lière, bardée de fer et qui ouvre dun air déliant un œil grillésur ceux qui passent ; ces boutiques dont la saleté est mal jdissimulée par les vives couleurs des poires rouges, des to-mates, des aubergines, des oignons et des pastèques; cestables couvertes de figues de Barbarie dont les tons jaunâtres,violacés ou rouges, font songer aux couleurs livides dun œilpoché depuis trois jours ; ces marchands couchés devant leurboutique comme pour inspirer aux clients lidée de passerleur chemin; cette population solennelle; ces poses recueil-lies ; ces groupes accroupis dans les coins ; ces regards sotrahit la secrète antipathie ? Les femmes ne sont point aussirares quon le croirait. Elles sont empaquetées dans un haïltbleu quadrillé de minces raies blanches. Cest le costume leplus affreux que jaie vu en Algérie . Parfois une nichée de ^hambins en chemise senvole dune porte basse en poussant

» de monstres sans bras, sans jambes, sans tète; tellement que les rues et les» places de la ville semblent jonchées de cadavres et de troncs humains, comme» après un massacre. » (E. de Amicis, le Maroc . Tour du Monde , l or sem. 1S79,p. 152.)