386 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE,l’affaire des plongeurs, dont la besogne est encore plus rudeque celle des mineurs. Au jour convenu, ces plongeurs serendent triomphalement sur le lieu du fora ge, montés sur desânes dont le propriétaire du puits paye la location et la nour-riture. Avant de commencer leur tâche, ils réchauffentfortement tous leurs membres autour d’un grand feu, sebouchent les oreilles avec du coton imprégné de graisse dechèvre, se dépouillent de tous leurs habits, sauf un très étroitcaleçon, et se groupent autour de l’abîme. Plus de chants,plus de cris joyeux, la scène est devenue solennelle. L’ouvrierqui doit inaugurer le travail s’approche lentement du puits,dépose des charbons ardents sur la margelle formée par lebord du châssis supérieur, et y jette de l’encens. Quand lafumée commence à s’élever vers le ciel, il frappe quelquescoups, avec la paume de la main, sur le boisage. C’est unappel adressé aux génies de la mer inférieure, pour qu’ilssoient bien informés qu’on vient leur rendre l’hommage quileur est dû 1 . Après ce cérémonial religieux, le plongeurdescend et entre dans l’eau jusqu’aux épaules. Assujetti danscette position au moyen des pieds qu’il fixe au boisage, ilfait ses ablutions, invoque Allah , puis tousse, crache,cternue, se mouche, amène ses lèvres au niveau de l’eau, faitune série d’aspirations, et d’expirations, pour bien s’assurerdu jeu libre des poumons, et enfin, après tous ces préparatifsqui durent bien une dizaine de minutes, il se laisse glisser lelong de la corde jusqu’au fond ; là il remplit d’une main lepanier qui l’y a précédé et qui contient 10 litres environ desable. L’opération terminée, il ressaisit la corde des deuxmains et remonte. Son séjour dans l’eau dure deux à six mi-nutes. La journée comporte pour chacun d’eux quatre voyages,soit donc AO litres, au maximum, de sable extrait. On voitcombien il faut de travailleurs pour désobstruer un puits, etquelle rude et longue besogne leur est demandée.
» Exposés à tant de périls, les puisatiers de l’Ouad-Itir