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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
2° EXTRAITS ET ANALYSES
I<a découverte des sources du Niger .
Un grand négociant de Marseille , M. C. A. Venninck, désireux de joindreses efforts à ceux qui sont tentés de toutes parts pour pénétrer dans l’inté-rieur du continent africain inconnu, porta son attention sur la vallée duhaut Niger , et en particulier sur la région des sources. Ceux qui s’enétaient le plus approchés, le major Laing en 1822, M. Winwood Reade en 1869, et le docteur Blyden en 1874 *, n’avaient pu dépasser la ville fortede Falaba, capitale du Solimania. La principale cause de leur insuccèsavait été le triste privilège dont jouit depuis des siècles le Koranko, paysvoisin des sources du Niger , de fournir des esclaves aux marchands de l’in-térieur et aux agriculteurs de la côte.
M. Verminck mit à la tète de l’expédition qu’il projetait le chef hardid’une de ses factoreries les plus rapprochées des sources du Djoliba,M. Josué Zweifel, directeur de la factorerie de Rotombo, sur la Rokelle.Celui-ci agréa pour compagnon de route M. Marius Moustier, directeur ducomptoir de Boké, sur le rio Nunez, qui parlait couramment les deux lan-gues répandues dans ces contrées : le Sousou et le Foulah. Le 8 juillet 1879,ies deux voyageurs, suivis de leurs guides, interprètes et porteurs, partaientde Rotombo. Ils passèrent par Port-Lokko, Mellacorée, Matamba, traversantle pays Timné, dont ils ont, dans leur relation, décrit les usages, mœurs etcultures. Le 24 juillet, ils étaient à Big-Boumba, dans le Limba, où le roiSeloki, qui ne sait ni lire ni écrire, mais parle six langues, leur donna debelles cases et des présents de bœufs, de manioc et de mil. Le voyage de-vint dès lors plus difficile : tantôt il fallait traverser des montagnes, tantôtmarcher à travers des terrains détrempés, glissants, parsemés d’ornières etde torrents; le nombre des malades augmentait, les porteurs désertaient,et les populations devenaient hostiles.
Le 16 août, ils entrèrent à Falaba. Le roi Sewa leur fit bon accueil ; soncousin Filah leur parla de Reade et de Blyden, et leur promit de leur fairevoir les sources du Djoliba, mais les invita à n’en parler au roi qu’en saprésence. Sewa leur donna des kolas blancs en signe d’amitié et un anneaud’or 1 2 .
A Falaba, les voyageurs virent des ambassadeurs Korankos et apprirentd’eux quelques renseignements sur les sources du Djoliba. Après douzejours de séjour dans cette ville, où ils se convainquirent de l’exactitudeparfaite de la description qu’en avait donnée Reade , ils partirent pleinsd'espoir pour le Koranko et les sources de la grande rivière. Ils décou-vrirent en passant la source de la Rokelle, franchirent le Tamincono et leI’alico qui, réunis à Liah au Tembi, forment le fleuve Djoliba. Le 9 sep-
1. Le docteur Blyden était un professeur nègre, originaire de Libéria . Il tombamalade à Falaba, et dut renoncer à aller plus loin. Un de ses interprètes, JosephReader, natif du Rio-Pongo, qui avait déjà accompagné M. Reade dans ses deuxvoyages à Falaba et au Bouré, et qui connaissait un grand nombre de dialectesafricains , fut engagé par M. Zweifel, et fut pour lui un précieux auxiliaire.
2. Sur le Kolah africain et son rôle , voy. plus loin (p. 457).