054 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
guerre (1882) : son parti proposa la déposition de Tewfit ; les consuls géné-raux d’Angleterre et de France exigèrent l’éloignement d’Arabi. Une confé-rence se tint à Constantinople pour le règlement des affaires égyptiennes.
Le 14 juin, une émeute éclata à Alexandrie , un grand nombre d’Européens,furent massacrés ou blessés, sous les yeux du Khédive impuissant et desHottes anglaise et française immobiles. "Un mois après, l'amiral français Conrad , sur l’ordre de son gouvernement, quittait les eaux d’Alexandrie * * etle lendemain (11 juillet), l'amiral anglais Seymour bombardait la ville.Arabi entama des négociations pour gagner du temps, et tandis qu’il seretirait avec ses troupes à Kafr-Dowar, il fit ouvrir les portes du bagne.Lesforçats pillèrent la ville et incendièrent les quartiers que les obus anglais n’a-vâiént pas touchés. Le khédive déclara Arabi rebelle et autorisa l’amiral Sey- 1rnour à occuper la ligne du canal de Suez et à châtier les rebelles. Destroupes anglaises, sous les ordres du général Wolseley, battirent les troupesd’Arabi à Ramsès, àGassasin (23-28 août) et les écrasèrent à Tell-el-Kebirçl3 septembre). Arabi et ses complices se rendirent : une cour martialeaprès un semblant de procès, le jugea et condamna à mort; et pourfinir cette tragi-comédie, le khédive, docile jusqu’au bout au secretverdict de l’Angleterre, commua la peine eu celle de l’exil perpétuel.
A la suite de ces événements le contrôle anglo-français fut supprimé, etl’Angleterre, malgré les réclamations de la Porte, et grâce à la politiqued'abandon de la France , disposa sans rivale des destinées de l’Egvpte. Elleannonça le projet de réorganiser l’armée, de créer une gendarmerie, deréformer l’administration, de doter le pays d'une constitution, d’abolir !l'esclavage, tout en protestant hautement de son respect pour l'indépen-dance de l’Egypte 1 .
La guerre du Soudan ; le Madhi . — Les troupes anglaises étaient,dit-on, sur le point d’évacuer l'Egypte , lorsqu'arriva la nouvelle dudésastre subi dans le Soudan par le général anglais Kicks, qui commandait lestroupes égyptiennes. De 1820 à 1876, les khédives avaient étendu leurempire jusqu’à l’équateur, sur plus de 30 degrés de latitude ; ce systèmede conquête à outrance avait elevé à près de 3 millions de kiiom. car., lasuperficie totale du territoire soumis à l’Egypte . Mais les prédicateurs del'islamisme, agents infatigables des ordres religieux qui couvrent deleurs réseaux l'Afrique et l’Asie , de Samarcande à Mogador , et de Cons tantinople à Timbouktou, préparaient la guerre sainte; ils avaient pourcomplices les marchands d’esclaves, dont les missions et les explorationseuropéennes gênaient le libre trafic ou compromettaient les bénéfices.L'insurrection fut organisée au Soudan en 1881, en même temps quele parti national, dirigé par Arabi-Pacha , se soulevait au Caire . Leslîagaras, marchands de chair humaine, choisirent pour maître de l’heureun khouan nubien de Dongolah, de naissance obscure, fils d'un char-
1. « ïl faut se rappeler, disait le premier ministre, M. Gladstone, le 5 mars 1883,s à la Chambre des communes , que nous sommes en Egypte , non comme maîtres,» mais comme amis et conseillers du gouvernement égyptien, et que pour plusieurs-> des objets que nous nous sommes proposés, d’autres nafions ont en Egypte » des intérêts et des droits aussi définis et aussi incontestables que les nôtres.» Le gouvernement ne reconnaît pas à notre pays, dans celte affaire, des intérêts» égoïstes et particuliers, séparés des intérêts généraux des nations civilisées,
* et qui doivent être poursuivis d’une façon égoïste et étroite. » A ces déclarationson peut opposer les menées des armateurs anglais contre la Compagnie du ca-nal de Suez 1 voir p. 633).