Buch 
L' Afrique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
663
JPEG-Download
 

ÉGYiTK. G63

plafond en partie effondré, les rayons du soleil y pénètrentpar mille fissures, d ils tombent sur la foule la plus com-pacte , la plus bruyante, la plus bigarrée qui ait jamaisgrouillé dans un espace aussi restreint. Les maisons très éle-vées, garnies de toutes sortes de balcons et dencorbellements,peintes de mille nuances diverses, augmentent encore la va-riété des colorations. Des calèches conduites par des cochersen costume oriental, des cavaliers arabes, des bourgeoismontés sur des ânes, des fellahs grimpés sur des chameaux,des noirs, des blancs, des jaunes, des bronzés, des femmes,des enfants, des eunuques se mêlent, se pressent, se poussentavec une incroyable agilité. Lart avec lequel les cochers in-digènes conduisent de grandes voitures dans une pareillefoule tient du prodige. Jamais ils naccrochent, même lors-quils tournent à langle aigu dans les rues dune étroitessesingulière, même lorsquils passent sans les culbuter au mi-lieu dune dizaine de petits marchands étalant en plein che-min leurs nougats, leurs dattes et leurs confitures. Un cocherparisien briserait tout, dautant mieux que le Mousky nestpas plus pavé que les autres rues du Caire et quà chaqueinstant les voitures tombent dans de profondes ornières, delles rebondissent avec des zigzags terribles pour les prome-neurs. Mais les cochers indigènes ont une patience et unedextérité extraordinaires. Les piétons, dailleurs, y mettentdu leur. On voit sans cesse les enfants filer sous le poitraildes chevaux, se tirer du dessous des roues prêles à les écra-ser, éviter dun mouvement brusque un cavalier lancé au ga-lop. Si, par hasard, lun deux est renversé, pour peu quil nesoit pas complètement estropié, il se relève instantanémentet fuit à toutes jambes, de peur dêtre roué de coups ; car,en Egypte , ce nest pas le cocher qui est responsable davoirécrasé un piéton, cest le piéton qui est coupable de sêtrelaissé écraser. Je me rappelle un jeune gamin qui samusaità faire la nique à une voiture en plein Mousky ; au moment il cherchait à opérer sa retraite, cheval et voiture lui pas-sent sur le corps ; je le croyais perdu ; en me retournant, jele vis qui se remettait lestement sur les pieds, faisait de nou-

38