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plafond en partie effondré, les rayons du soleil y pénètrentpar mille fissures, d’où ils tombent sur la foule la plus com-pacte , la plus bruyante, la plus bigarrée qui ait jamaisgrouillé dans un espace aussi restreint. Les maisons très éle-vées, garnies de toutes sortes de balcons et d’encorbellements,peintes de mille nuances diverses, augmentent encore la va-riété des colorations. Des calèches conduites par des cochersen costume oriental, des cavaliers arabes, des bourgeoismontés sur des ânes, des fellahs grimpés sur des chameaux,des noirs, des blancs, des jaunes, des bronzés, des femmes,des enfants, des eunuques se mêlent, se pressent, se poussentavec une incroyable agilité. L’art avec lequel les cochers in-digènes conduisent de grandes voitures dans une pareillefoule tient du prodige. Jamais ils n’accrochent, même lors-qu’ils tournent à l’angle aigu dans les rues d’une étroitessesingulière, même lorsqu’ils passent sans les culbuter au mi-lieu d’une dizaine de petits marchands étalant en plein che-min leurs nougats, leurs dattes et leurs confitures. Un cocherparisien briserait tout, d’autant mieux que le Mousky n’estpas plus pavé que les autres rues du Caire et qu’à chaqueinstant les voitures tombent dans de profondes ornières, d’oùelles rebondissent avec des zigzags terribles pour les prome-neurs. Mais les cochers indigènes ont une patience et unedextérité extraordinaires. Les piétons, d’ailleurs, y mettentdu leur. On voit sans cesse les enfants filer sous le poitraildes chevaux, se tirer du dessous des roues prêles à les écra-ser, éviter d’un mouvement brusque un cavalier lancé au ga-lop. Si, par hasard, l’un d’eux est renversé, pour peu qu’il nesoit pas complètement estropié, il se relève instantanémentet fuit à toutes jambes, de peur d’être roué de coups ; car,en Egypte , ce n’est pas le cocher qui est responsable d’avoirécrasé un piéton, c’est le piéton qui est coupable de s’êtrelaissé écraser. Je me rappelle un jeune gamin qui s’amusaità faire la nique à une voiture en plein Mousky ; au momentoù il cherchait à opérer sa retraite, cheval et voiture lui pas-sent sur le corps ; je le croyais perdu ; en me retournant, jele vis qui se remettait lestement sur les pieds, faisait de nou-
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