672 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
d’Amrou ; il en est de même dans la famille des chameaux ;l’honneur de soutenir le tapis s’y transmet de père en fils.Aussi, depuis que l’Egypte est musulmane, la famille dusanton et la famille des chameaux vivent-elles côte à côte.Le flot populaire, entrecoupé de calèches remplies d’Anglais et d’Anglaises , se referme derrière le tapis. A mesure qu’ilpasse, la foule se prosterne ; des balcons, des fenêtres, destoits, s’agitent des mouchoirs et des écharpes innombrables ;puis tout s’écoule bruyamment au milieu de clameurs assour-dissantes et du plus éblouissant feu d’artifice de couleursqu’on puisse rêver.
» L’entrée du tapis est le premier acte d’une série de fêtesqui se déroulent durant quinze jours jusqu’à la cérémonie duDosseh, qui en est le dénouement.
» .Dosseh signifie piétinement. J’ignore quelle est la
véritable origine de cette fête. Deux versions sont en pré-sence. On sait que Mahomet , dans les premiers temps de sonapostolat, fut obligé de fuir la Mecque , où il éprouvait l’exac-titude de la maxime évangélique : « Nul n’est prophète enson pays. » Il eut à traverser dans sa fuite un village peupléde ses partisans. A son approche, ceux-ci se prosternèrentsur son passage ; mais le prophète, dont les moments étaientcomptés, ne put s’arrêter, et il fit avancer son cheval sur cespavés humains. O miracle ! aucun des fidèles ne fut blessé.Il se relevèrent tous sains et saufs. Est-ce en commémora-tion de ce fait que des centaines d’hommes s’exposent tousles ans à être broyés sous les pas d’un cheval lancé au galop ?Les uns le disent, mais d’autres donnent au Dosseh une ori-gine purement égyptienne. Suivant eux, un sultan mamelukvoulait obliger un santon très pieux et très illustre, nomméSaad-Eddin (bonheur de la religion), qui était campé auxenvirons du Caire , à venir habiter dans son palais. Celui-cirefusait. Le mameluk insistant, Saad-Eddin céda : « Je veuxbien te suivre au Caire , lui dit-il ; mais j’y ferai un miracleéclatant, afin que les musulmans prévaricateurs écoutent mavoix et se repentent de leurs péchés qui sont en abominationaux yeux de Dieu l’unique. » Il fit donc dresser sur la route