L'Institut fut divisé en quatre sections : mathématiques ; physique ;économie politique; littérature et beaux-arts. Rechercher la meilleureconstruction des moulins il eau et à vent; déterminer les lieux propres à laculture de la viigne ; approvisionner d’eau la citadelle du Caire ; creuser despuits dans le desert; clarifier et rafraîchir les eaux du Nil ; fabriquer de lapoudre, améliorer l'hygiène publique, tels furent les principaux sujetsd'études posés à nos savants. L’orientaliste Marcel fonda l'imprimerie duCaire ; Conté, le fondateur du Conservatoire des arts et métiers , et l’inven-teur du crayon qui porte son nom, installa au Caire un télégraphe et desateliers de tout genre, améliora la fabrication du pain, et inventa le moyende fabriquer de la poudre; Gérard, Lepére travaillèrent à régulariser "leseaux du Nil ; les artistes et les archéologues firent une moisson fertile surcette terre couverte de monuments qui étaient les témoins splendides d'unecivilisation oubliée. L’àme de la commission des arts fut Denon. « Portant» son portefeuille en bandoulière, on le vit maintes fois devancer au galop» nos escadrons, s’asseoir sur le terrain qui allait devenir un champ de» bataille et achever paisiblement son croquis sous le feu de l’ennemi 1 2 * * . »Bonaparte fit lui-même une de ces expéditions archéologiques, en com-pagnie de Monge et Berthollet, et se rendit à Suez et au Sinaï . L'ingé-nieur Peyre fut chargé de lever géométriquement le cours de l’ancien canaldes Pharaons. La plus célèbre excursion fut celle qui conduisit les savantsfrançais , sous la protection de la division Desaix, dans la Haute-Egypte , àKarnak, à Louqsor , à Medinet-Abou , à Gournah , au milieu des nécropolesmystérieuses : ces ruines grandioses arrachèrent des cris d'admiration etdes applaudissements enthousiastes aux troupiers illettrés, vainqueurs deMourad-Bcy.
Le brusque départ de Bonaparte, que le souci de sa fortune politique en-traînait loin de la terre des Pharaons après l’y avoir amené, la mort soudainedu vaillant Kleber, les capitulations nécessaires de Béliard et de Menou ame-nèrent la dissolution de l’Institut d’Egypte et le retour des savants en France .Le général Menou, qui était peu sensible aux découvertes de l’archéologie,avait abandonné aux Anglais les collections scientifiques si péniblementamassées par l’Institut, et le général Hutchinson en exigeait sans tarder laremise. Geoffroy Saint-Hilaire osa résister au vainqueur. Il jura que lesAnglais ne s’enrichiraient pas de ces dépouilles de la science; s’ils faisaientmine de les ravir par la violence, il était décidé à les détruire de ses mains.« Comptez sur les souvenirs de l’histoire, s’écria fièrement le grand» naturaliste; vous aussi,vous aurez brûlé une bibliothèque d’Alexandrie .»Hutchinson, étonné, annula l’article 16 de la capitulation, et l'héroïsme deGeoffroy Saint-Hilaire conserva à la France les précieux trésors qui ontservi à la rédaction des treize volumes du magnifique ouvrage : Descriptionde l’Egypte . Ce fut là pour la France , la véritable conquête de l’Egypte , laplus féconde et la plus glorieuse de toutes, ét dont personne, à traverstoutes les révolutions politiques du siècle, n’a osé contester les titres 5 .
1. Gaffarel, l’Institut d’Egypte . — (Revue politique et littéraire, 7 déc. iS7S.)
2. « L’activité infatigable, désintéressée de ces maîtres de la science, écrit un
» Allemand , M. Georges Ebers, a conquis pour leur patrie le droit de se vanter
» d’une expédition manquée au point de vue politique, comme d’une grande œuvre» fécondo en résultats. Ils remirent en lumière, après des milliers d’années d’oubli,» le berceau de la civilisation humaine : leur grand ouvrage nous apprit qu'il fal-
» lait allonger l’histoire de notre raco et ouvrir dos voies nouvelles à la science,