Un efiendi fut envoyé pour veiller à l'emballage des monuments. Marietteusa de ruse. 11 commença par apprendre à l’effendi, qui était d'ailleurs unfonctionnaire aussi ignorant que courtois, qu’un monument pharaonique sedistinguait de tous les autres, en ce qu’il se composait invariablement deplusieurs pièces. « Ce principe nouveau dans l’archéologie une fois admis,» ils se mirent en devoir, lui et l’effendi, qu’il trouva piquant d’employer à» cette besogne en qualité d'auxiliaire, de bourrer littéralement les vases» creux oucanopes d’une foule de menus objets, puis de superposer quatre» ou cinq de ces vases ainsi remplis, en les fixant les uns aux autres, et» en avant soin de retourner tous les couvercles, excepté celui du haut.» Annota, dressant ses oreilles, dominait l’édifice, et cet ensemble factice» était soigneusement enregistré par l’effendi pour un monument, de sorte» que les deux mille cinq cents objets nouveaux, provenant du souterrain» et expédiés au Louvre, ne formaient que cinq cent treize colis 1 . »
A ce subterfuge vraiment monumental , l’ingénieux savant en ajouta unautre. Pour sauver tous les autres trésors que recelaient encore les galerieset les chambres, il imagina de dessiner à la main, avec du noir de fumée,d'après les textes authentiques, sur des stèles en blanc qu’il avait en grandnombre, des figures d’Apis et des caractères hiéroglyphifjues : tandis queles pièces historiques, secrètement emballées et expédiées à Alexandrie ,étaient embarquées pour la France , on conduisait au Caire , avec mille pré-cautions, pour la galerie du vice-roi, les compositions fort habiles deMariette. Abbas-Pacha voulut les voir; des courtisans trop zélés « pour» les rendre plus dignes de comparaître devant Son Altesse, se mirent en» devoir de leur faire une sorte de toilette : on les lava même avec tant» de soin que les inscriptions disparurent, et que le gouvernement égyptien » se trouva ainsi privé des autographes hiéroglyphiques de M. Auguste » Mariette. » Cette première mission de l’illustre et intrépide orientaliste(1850-54), subventionnée par les crédits du gouvernement français , avaitopéré le déblaiement complet du Serapeum, et enrichi de sept mille monu-ments le musée du Louvre. Une deuxième expédition, entreprise en 1S5S,aux frais du gouvernement égyptien , a ouvert trente-cinq chantiers, a eu pourrésultat la fondation du musee de Boulaq et la découverte des vingt-cinqmille monuments qui y sont catalogués et classés. M. Mariette en fut nommele directeur (1863) et, jusqu’à sa mort, durant près de trente années, devenule familier d^Ammon et de Ramsès , interrogeant la terre des Pharaons , for-çant les portes du sanctuaire, « il a vu face à face Osiris à Abydos , Apis auSérapéum, Horus à Edfou , Hathor à Dendérah ». (E. Desjardins.) M. Ma riette , membre de l’Institut et commandeur de la Légion d'honneur, est. morten 1881; ses compatriotes lui ont élevé une statue à Boulogne. Le khédiveIsmaïl, malgré les compétitions étrangères, a donné sa succession au savantle plus digne de le remplacer, M. Gaston Maspero (né en 1816), professeurd’archéologie égyptienne au Collège de France . Malgré les ressources trèsmédiocres du budget dont il dispose, M. Maspero a pu, en quelques années,par l’habile direction de ses fouilles, sa science consommée et l’énergie d’untravail infatigable, ajouter des milliers de monuments nouveaux, sarcophages,momies, papyrus, objets divers, aux découvertes de Mariette, ouvrir à Saq-qarah cinq pyramides nouvelles, et parmi celles-ci, la fameuse pyramide deMeïdoum , enfin, à Gournah , faire arrêter un Arabe recéleur d’antiquitésroyales qui pillait les tombeaux. Le jeune directeur des musées du Caire aété élu récemment (1883) membre de l’Institut.