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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
Races. — La population de l'Europe , qui s’élevait, au siècle dernier, à130 millions d'àmes, dépasse aujourd’hui 330. La question de l'origine desraces dont elle se compose n’est pas encore parfaitement résolue. On alongtemps admis que l’Europe avait été peuplée en majeure partie par desimmigrants venus de l’Asie centrale , descendants des Aryas primitifs : telsfurent d’abord les ancêtres des Grecs et des Latins , puis les Celtes , lesGermains et les Slaves; en dernier lieu les Finnois, Tartares, Mongols etTurcs. Les découvertes des géologues modernes tendent à démontrer quel’origine des nations européennes n’est pas exclusivement asiatique; etqu’avant la venue des colons orientaux, le continent était habité par despopulations aborigènes déjà industrieuses. Cette race, plus ou moins auto-chtone, est désignée sous le nom de race méditerranéenne : on la retrouveaussi bien dans l’Europe méridionale que dans l’Afrique septentrionale, etnotamment dans la péninsule des Apennins . Elle se distinguait des Aryaspar le type physique (dolichocéphale et non brachycéphale) et par sa langue.Le dernier débris de cette race qui soit resté pur de tout mélange paraitêtre le peuple basque. « Sans tenir compte des groupes de population d'une«importance secondaire, ni des races dont les■ représentants n’existent» pas en corps de nation, on peut dire, d’une manière générale, que l’Europe » se partage en trois grands domaines ethniques, ayant précisément pour» limites communes ou pour bornes angulaires les massifs des Alpes , des» Carpathes , des Balkans . Ces montagnes qui séparent les bassins fluviaux» et servent de barrière entre les climats, devaient aussi régir en partie» la distribution des races 1 . » (E. Reclus , l'Europe , t. I or , p. 28.)
Ces trois groupes ethnographiques dominants, sont : les Slaves, lesGermains, les Gréco-latins.
1. En 1SG7, dans une discussion qui eut lieu au Corps législatif sur la politiqueextérieure de la France , M. Thiers défendait en termes éloquents le principe del’équilibre européen contre le principe des nationalités, devenu la base de la poli-tique de certains hommes d’Etat, et définissait ainsi ce qu’il fallait entendre parce mot de nationalité : « Lorsque l’Empire romain ne pouvant plus se défendre,» des nuées de barbares franchirent le Rhin , les Gaules , les Pyrénées , l’Espagne ,» le détroit de Gibraltar , et, ravageant ainsi l’Europe du nord au sud, allèrent» achever la destruction du monde civilisé dans l’antique Cartilage ; lorsque Dieu .» qui tient dans ses mains l’équilibre des empires comme celui des mondes, à cé» flot dévastateur du nord voulut opposer le flot du sud, et que les populations» musulmanes déchirées, ravageant l’Europe en sens contraire, franchiront à leur» tour le détroit de Gibraltar , l’Espagne , les Pyrénées , et vinrent rencontrer dans» les champs de Poitiers les populations du nord, commandées par Charles» Martel, il y eut en ce moment un choc immense; mais à la suite de ce choc,» le sud et le nord furent immobilisés l’un par l’autre l D’immenses débris do» tous les peuples couvriront le centre de l’Europe , et alors vint ce sublimo bar-» bare, ce mortel vraiment providentiel : Charlemagne ... Il pouvait rejeter tous»> les Vandales en Afrique , ne mettre en Espagne que des Goths , en France que» des Francs, ne mettre en Allemagne que des Germains. Mais il respecta l’œuvre» du temps, quoique à peine commencée, et, sur ce chaos de tous les peuples,» faisant régner l’ordre, la justice, la civilisation chrétienne qui était la seule» civilisation de ce temps, il est devenu ainsi le fondateur du monde moderne.» Le temps a fait son œuvre. Il a mêlé toutes les populations..., il a créé les» nations modernes. Avec des Goths , des Vandales, des Maures , il a fait l’Espa-» gnol, l’Espagnol fier et sauvage, ombrageux, n’aimant pas l’étranger avec» lequel il est peu habitué à vivre, et ayant, à travers toutes les révolutions,» conservé presque entiers et son esprit chevaleresque et son antique droiture.'» Avec d’anciens Bretons, avec des Anglo-Saxons , des Danois , des Normands, le» temps a fait l’Anglais : l’Anglais simple, entier, intrépide, ayant toute la Aorte