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GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE ,forment une haute forêt ; un village entier construit par lemaître pour loger ses ouvriers, et composé d’élégants cottagespittoresquement groupés ; une véritable rivière, la Derwent,traversant le parc avec des contours gracieux qu’on diraitdessinés par l’art; et autour de ce tableau déjà si grand, lesmontagnes du Derbyshire formant comme à souhait une cein-ture de merveilleux horizons; tout dans ce lieu respire leloisir opulent et la puissance satisfaite. Vous franchissez lefaîte aride qui vous sépare du comté d’York et vous arrivez àla ville voisine (à Sheffield ), tout change : ce ne sont quefourneaux allumés, marteaux frappant sur l’enclume, che-minées vomissant des flots épais ; un peuple de forgeronsnoirs et ruisselants s’agitent comme des spectres au milieude ces flammes.
» Ce que le château du duc de Devonshire est en grand,toutes les résidences des gentilshommes campagnards le sonten petit. Il n’est pas de propriétaire un peu aisé qui ne veuilleavoir son parc ; le parc, diminutif de l’ancienne forêt, est lesigne de la possession féodale , l’accessoire obligé de l’habi-tation. Le nombre des parcs est énorme en Angleterre, depuisceux qui embrassent plusieurs milliers d’hectares jusqu’àceux qui n’en comprennent que quelques-uns 1 . Les plusgrands, les plus anciens, ceux qui méritent seuls légalement
1. « Les Anglais entendent admirablement l’arcbitecture des arbres, fies» gazons et des fleurs ; je n’ai pas vu un palais même classique, un cottage mémo» pauvre, où elle ne fût comprise... Nous avons visité sept ou huit parcs, grands» ou moyens, presque tous beaux, et deux ou trois admirables. Celui de 700 acres» a des arbres que deux et même trois hommes n’embrasseraient pas de leurs bras» étendus, chênes, tilleuls, platanes, cyprès, hêtres, qui ont développé librement» l’ampleur et la plénitude de leurs formes. Isolés ou par groupes sur la molle et» riche prairie, leurs pyramides opulentes, leurs vastes dômes s’espacent à plaisir» et descendent presque sur l’herbe avec une largeur d’épanouissement qu’on ne» se figure pas. Au centre de tant d’émeraudes vivantes est un joyau plus précieux» encore, le jardin. Des massifs de rhododendrons hauts de 20 pieds s’y étalent,» toutes fleurs ouvertes ; leurs pétales rouges ou d’un violet pàleluisent doucement» au soleil, sous des volées bourdonnantes de frôlons ; des buissons d’azalées, des» touffes de roses épanouies, des lits de fleurs nacrées, azurées, aux tons de velours» ou de chair, de mignonnes et sinueuses bordures font cercle à perte do vue ; on» marche environné de senteurset de couleurs. Un art savant adisposé la succes-» sion des plantes, en sorte que les tardives remplacent les précoces, et que d’un» bout de la saison à l’autre, la vaste corbeille est toujours fleurie. De distance en» distance, quelque sycomore au port noble, un hètro étranger au feuillage de» cuivre, soutiennent de leur note grave ou de leur subito dissonance ce concert» trop prolongé d’impre*>sions délicieuses. » — (Taine , Notes sur VAngleterre.)