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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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98 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

Les quartiers voisins de Pimlico, à l’est et au sud : de Chelsea, ausud-ouest ; de Brompton, à l’ouest, sont peuplés d’industriels et commer-çants qui fournissent les objets nécessaires à la colonie fashionable ; aussisont-ils habités par la bonne bourgeoisie et la petite noblesse de campagne(h gentry non titrée); l’aristocratie ne pourrait s'y établir sans déroger.Les grands avocats et les négociants riches habitent volontiers autour desbeaux squares de Ru'ssel, de Bedford et de Montague, aux alentours duBritish-Museum ; et les demeures princières de Queen-Square et deBloomsbury-Square, qu’occupait la haute noblesse au temps de la reineAnne, sont aujourd’hui louées à la petite bourgeoisie, ou transformées enmodestes appartements pour des employés ou des ouvriers sans fortune.Les étrangers, et notamment les réfugies politiques des deux mondes, rési-dent dans le quartier de Leicester-Square. Au nord de la ville, au delà dupaisible quartier d ’Islington , entre les limites de la Cité et le chemin de ferde ceinture, s’étendent les faubourgs misérables de Spitalfields, Bethnal-Green, White-Chapel, Wîtpping-Bow et Stepney, ou s’abritent, dans destrous et sous des masures,les tristes victimes du paupérisme anglais , «le pluscruel, le plus intense, et peut-être le plus irrémédiable qui soit au monde. »

«... Cos parias de la nation qui s’appelle elle-même la joyeuseAngleterre (Merry England ), naissent, végètent et meurent dansdes ruelles sombres, auxquelles un rideau de fumée âcre dérobecc dernier bien des malheureux qu’on appelle poétiquement lalumière des cieux ; ici, la terre détrempée n’est plus qu’une bouevisqueuse et gluante; rhumidité suinte à travers les muraillesnues des caves, où grouillent des êtres aux joues hâves, auxtraits flétris, à l’œil hagard, qui n’ont plus rien de ce qui faitl’homme; dont la vie s’étiole dans l’ordure, et dont les joiesmêmes ont quelque chose de plus poignant, de plus effrayantque leur douleur, car elles accusent davantage encore leur irré-médiable dégradation. Les statistiques établissent que, chaqueannée, des milliers de personnes meurent à Londres par manqued’air et de lumière, et que cent mille hommes, capables de tra-vailler, se demandent le matin ce qu’ils pourront bien faire dansla journée pour dîner le soir !... Ces inénarrables misères se ren-contrent parfois à côté des opulences les plus écrasantes. Saint-Gilles, la paroisse la plus pauvre de Londres , dont le nom seulrésume toutes les douleurs et tous les vices qui déshonorent etaffligent l’humanité, Saint-Gilles est à deux pas d’Oxford Streetet de Piccadillv. Les voitures ne peuvent s’aventurer dans cesquartiers infâmes; c’est à pied qu’il faut parcourir ces ruellesdéfoncées, où des bandes d’enfants en haillons grouillent dansdes mares croupissantes.

» ... Dans les plus beaux quartiers de Londres, à Kensington ,par exemple, non loin des splendides jardins de la reine, des