160 LECTURES ET ANALYSES DE GÉ0GRABH11Ï.les terres basses contre les vagues de l’Océan. Les habitationssont rares. De loin en loin, on aperçoit les toits de tuilesrouges de quelques fermes abritées par un bouquet d’arbresque les tempêtes de l’ouest ont tous courbés dans le mêmesens, ou bien l’aiguille de quelque clocher de village à moitiéperdu dans la brume bleuâtre qui s’élève toujours de ce solmarécageux. Les demeures rurales, comme celles des tribusmaritimes qu’avait visitées Pline sur cette même côte, s’élè-vent sur de petites éminences qui dominent de quelques piedsune plaine inondée pendant les hivers pluvieux : alors les ha-bitants, enfermés avec leurs troupeaux comme en des îles,ne communiquent entre eux qu’au moyen d’embarcations.Transformé ainsi en lac durant deux ou trois mois de l’an-née, le pays offre pendant l’été ces horizons uniformes et ver-doyants, dont Paul Potier aimait à ouvrir, dans le fond deses toiles, les perspectives profondes. Ici encore, comme dansles tableaux du maître hollandais, d’innombrables troupeauxde bœufs à l’engrais et de jeunes chevaux paissent jour etnuit dans de gras pâturages, et il ne faudrait pas aller bienloin pour retrouver près de quelque saule creux, au bord d’unfossé tout verdi de plantes aquatiques, l’original du fameuxtaureau du musée de La Haye . »
Cette zone fertile, large de 10 à 15 kilom., s’étend sur 100000 hect.,le long de la mer du Nord, de Dunkerque à Anvers . Sous les pâturagesd’une incomparable fertilité, où s’engraissent les chevaux, les bœufs, lesvaches laitières, se cachent des tourbières dont l’exploitation facile donneencore aux habitants un combustible à bon marché. Cette maremme belge ,qui a l’aspect, la constitution et la fécondité de la maremme toscane, est su-jette aussi à la fièvre paludéenne, au fléau de la mal’aria. La surface dupays est au-dessous du niveau des hautes marées, et serait inondée sansfa “protection des dunes et des écluses. Les terres d’alluvion, conquises aumoyen des digues, se nomment des -polders; les premiers endiguementsremontent à la plus haute antiquité; le moyen âge en construisit plusieurs;la digue du comte Jean, qui s’étend' d’Anvers à Damme, protège tout lenord des deux Flandres. Faites de murs d’argile, flanquées de massifs defascines et revêtues de gazon et de paille tressée, elles ont une épaisseurde 20 à 30 mètres. « Depuis le treizième siècle, plus de 50 000 hect. ont été» ajoutés au domaine agricole sur la rive gauche de l’Escaut, et plus» de 1000 depuis 1815. C’est ainsi qu’a été comblé un grand bras de mer,» le Zwyn, par où se faisait le commerce des grandes cités flamandes au» moyen âge, et qui, en 1213, donnait asile aux dix-sept cents navires de» la flotte de Philippe-Auguste . Les eaux profondes de ce golfe, où se li-