224 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
» struments aratoires perfectionnés, puis parfois soixante ou soixante-dix» vaches sur un seul rang, et, non loin de là, vingt superbes chevaux» noirs, l’orgueil du cultivateur. Ces fermiers ont conservé les mœurs» simples de leurs ancêtres. Quoique possédant souvent plusieurs tonnes» d’or, ils ne dédaignent pas de mettre la main à la charrue et de surveil-
» 1er par eux-mêmes tous les travaux des champs.Souvent, comme les
» grands fermiers lombards, ils envoient un de leurs fils étudier à l’univer-» site, et ici ce n’est pas un mince sacrifice; car, dans ce pays riche, les» habitudes sont fastueuses. Ces cultivateurs sont à la tète du pays; au-» cune classe ne s’élève au-dessus d’eux. C’est parmi eux (ju'on choisit» presque tous les membres des différents corps électifs et même ceux qui» vont représenter le pays aux Etats généraux; le soin de leur culture ne» les empêche pas de prendre une part active à la vie politique et à l’ad-» ministration de la chose publique. Us suivent non seulement les progrès» de l'art agricole, mais aussi le mouvement de la pensée moderne. Ils» entretiennent à Haren , près de Groningue , une excellente école d’agri-» culture; nulle part peut-être, l’instruction n’est aussi merveilleusement» répandue dans les campagnes. En tout, la Groningue passe pour la pro-» vince la plus avancée de la Néerlande. Elle forme une espece de repu-» blique habitée et gouvernée par une classe de paysans riches et éclairés,» complètement guéris de tout esprit de routine. On ne voit nulle part ici» les tourelles du château féodal dominer les arbres des grands parcs, et» on chercherait en vain ces aristocratiques existences dont s’enorgueillissent» les campagnes britanniques. Les bonnes maisons des fermiers sont les» seuls.châteaux, et toutes se ressemblent. La richesse est également distri-» buée, et presque toute celle que la terre produit reste aux mains de ceux» qui la cultivent. Le bien-être et le travail sont partout associés : l’oisi-» veté et l’opulence ne le sont nulle part. » (E. de Laveleye, Revue des Deux-Mondes , 1 er nov. 1863.)
« Au sud du Greidstreek de la Frise, s’étend la région desprairies tourbeuses, jusqu’au Zwarte-Water, large rivière quidoit son nom aux eaux noirâtres des tourbières de Kœvor-den, que le Dedemsvaart déverse dans le Vecht. C’est là qu’onpeut vraiment se faire une idée juste d’une contrée aqua-tique. De grands lacs, le Fleussen-Meer, le Sloter-Meer, leTjeuke-Meer, le Boolakkerwyde, et un nombre infini de fos-sés et d’étangs, l’entrecoupent de toutes parts. La terre, par-tout au ras de l’eau et partout aussi imbibée d’eau, est parfai-tement horizontale ; on dirait une mer figée. Rien n’arrête lavue. On n’aperçoit, à la distance de trois ou quatre lieues,que la flèche aiguë d’une église dont le toit disparaît sousl’horizon qui s’abaisse. A l’arrière-saison, d’innombrablestroupeaux viennent animer ces prairies ; mais, jusqu’au moisde juillet, les seuls êtres vivants qu’on voie dans ces ver-doyantes solitudes sont les oiseaux de la mer et des marais :