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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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390 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

fondée à Mulhouse , en 1746, par les associés Samuel Kœchlin, J.-J. Smal-zer et J.-II. Dolfus ; le célèbre Oberkampf, fondateur de l’établissement deJouy, avait, dit-on, travaillé dans leurs ateliers. La première filature fut éta-blie à YVesserling, en 1803 ; le premier atelier de tissage, en 1810 ; le premiermoteur à vapeur construit en 1810. En 1830 on comptait 30 manufactureset 12 000 ouvriers ; aujourd’hui, l’industrie cotonnière emploie 80 000 ou-vriers ; la vente annuelle s’élève à 80 millions. Les filatures de lainecomptent 127000 broches, occupent 8000 ouvriers, et livrent pour 40 mil-lions de produits. L’Alsace a aussi des filatures de bourre de soie ; desfabriques de produits chimiques (Thann ); des hauts fourneaux, desfabriques de wagons et de quincaillerie (Niederbronn ) ; des industries mé-caniques : locomotives, outils, instruments aratoires (fabrique de Graf-fenstaden, société alsacienne occupant 3 500 ouvriers); construction de nw-chines (Mulhouse, Guebwiller, Thann); des ateliers d’armes (Molsheim );des brasseries (Strasbourg ). — La Lorraine annexée possède la magnifiquecristallerie de Saint-Louis, où 2000 ouvriers fabriquent chaque annéepour 8 à 10 millions de verres et de cristaux renommés par leur éléganceet leur bon goût; elle a, outre ses salines, les gisements de fer de la valléede l'Orne qui alimentent ses forges, fourneaux et fabriques ; et les houillèresde la Sarre, utiles aux usines de Forbach et de Sarreguemines . — Institu-tions ouvrières. C’est en Alsace que la question des ouvriers a été le mieuxétudiée, et que les plus grands progrès ont été réalisés pour l’améliorationmatérielle et morale de leur condition. Les grands industriels de Mulhouse ,les Dolfus-Mieg, les Kœchlin, les Hartmann, les Rissler, les Siegfried, etc.se sont signalés par les institutions philanthropiques qu’ils ont fondées et.perfectionnées depuis plus de cinquante ans. Prenant l’ouvrier au berceau,« elles le suivent dans tous les actes de sa vie, protègent et guident sespremiers pas, dirigent son éducation et son instruction, l’accompagnent àl’atelier, pourvoient à son logement, à sa nourriture, lui viennent en aidedans toutes les circonstances difficiles, veillent sur son foyer domestique,l’assistent en cas de maladie ou d’accident, soutiennent ou recueillent savieillesse, sans lui imposer aucune gène, aucune servitude, en respectantscrupuleusement sa liberté. » — On imposa habilement aux ouvriers l’obli-gation de devenir économes malgré eux, en les faisant propriétaires.Quelques centaines de maisons simples et commodes, construites à Mul-house avec des fonds empruntés aux banquiers de Bâle , furent vendues auxouvriers au prix coûtant; ils devaient rembourser le montant année parannée, et au bout de douze, quinze ou vingt ans en devenir les maitres.Le succès fut tel qu’il fallut en construire de nouvelles ; et peu à peu,près du vieux Mulhouse, s’éleva un nouveau Mulhouse avec plus d’air etd’espace. L’initiative privée avait seule accompli ce miracle, sans l’appuid'aucune administration publique ; hôpitaux et hospices, orphelinats, asiles,ouvroirs, écoles, musées, bibliothèques, établissements de crédit et de pré-voyance, maisons et cites ouvrières, bains et lavoirs, elle seule a toutcréé; elle suffit à tout, et sa sollicitude n’est jamais en défaut 1 .

Voies de communication : canaux, routes et chemins de fer. — L’Al-sace-Lorraine possède deux grandes sections de canaux de création fran-

1. V. L. Reybaud, La Haute-Alsace avant l’annexion (Jlevuc des Beux Mondes,15 janv. 1875); L’Economiste français , mars, avril, décembre 1879, et surtout lesbelles études statistiques de M. Ch. Grad écrites de main de maître par un ana-lyste pénétrant et fidèle, et qui sont comme le livre d’or de l’industrie alsa-cienne.