402 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
400 pieds du pavé. Point de garde-fous, ou si peu, qu’il n’estpas la peine d’en parler. L’entrée de cet escalier est fermée parune grille en fer. On n’ouvre cette grille que sur une permissionspéciale du maire de Strasbourg , et l’on ne peut monter qu’ac-compagné de deux ouvriers couvreurs, qui vous nouent autourdu corps une corde dont ils attachent le bout de distance endistance, à mesure que vous montez, aux barres de fer quirelient les meneaux. Du reste personne, excepté les couvreursqui ont à restaurer le clocher, ne monte jusqu’à la lanterne. Làil n’y a plus d’escalier, mais de simples barres de fer disposéesen échelons.
» D’où j’étais la vue est admirable. On a Strasbourg sous sespieds, vieille ville à pignons dentelés et à grands toits chargésde lucarnes, coupée détours et d’églises, aussi pittoresque qu’au-cune ville de Flandre. L’Ill et le Rhin , deux jolies rivières,égayent ce sombre amas d’édifices de leurs flaques d’eau claireset vertes. Tout autour des murailles s’étend à perte de vue uneimmense campagne pleine d’arbres et semée de villages. Le Rhin ,qui s’approche à une lieue de la ville, court dans cette campagneen se tordant sur lui-même. En faisant le tour du clocher on voittrois chaînes de montagnes, les croupes de la Forêt-Noire aunord, les Vosges à l’ouest, au midi les Alpes .
» On est si haut, que le paysage n’est plus un paysage; c’est,comme ce que je voyais sur la montagne de Heidelberg , unecarte de géographie, mais une carte de géographie vivante, avecdes brumes, des fumées, des ombres et des lueurs, des frémis-sements d’eaux et de feuilles, des nuées, des pluies et des rayonsde soleil.
» Le soleil fait volontiers fête à ceux qui sont sur de grandssommets. Au moment où j’étais sur le Munster, il a tout à coupdérangé les nuages dont le ciel avait été couvert toute la journée,et il a mis le feu à toutes les fumées de la ville, à toutes lesvapeurs de la plaine, tout en versant une pluie d’or sur Saverne ,dont je revoyais la côte magnifique à 12 lieues au fond del’horizon à travers une gaze resplendissante. Derrière moi ungros nuage pleuvait sur le Rhin ; à mes pieds la ville jasaitdoucement, et ses paroles m’arrivaient à travers des bouffées devent ; les cloches de cent villages sonnaient; des pucerons rouxet blancs, qui étaient un troupeau de bœufs, mugissaient dansune prairie à droite ; d’autres pucerons bleus et rouges, quiétaient des canonniers, faisaient l’exercice à feu dans le polygone