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î° EXTRAITS ET ANALYSES
« Le fleuve naît entre deux murailles de granit ; il fait un paset il rencontre, à Andeer, village roman, le souvenir de Charle-magne; à Coire, l’ancienne Curia, le souvenir de Drusus ; àFeldkirch , le souvenir de Masséna; puis, comme consacré pourles destinées qui l’attendent par ce triple baptême germanique,romain et français , laissant l’esprit indécis entre son étymo-logie grecque Peeiv, et son étymologie allemande fflnnen, qui,toutes deux, signifient couler, il coule en effet, franchit la forêtet la montagne, gagne le lac de Constance, bondit à Schaffhouse ,longe et contourne les arrière-croupes du Jura, côtoie les Vosges ,perce la chaîne des volcans morts du Taunus , traverse les plainesde la Frise, inonde et noie les bas-fonds de la Hollande, et,après avoir creusé dans les rochers, les terres, les laves, les sableset les roseaux, un ravin tortueux de deux cent soixante-dix-septlieues, après avoir promené dans la grande fourmilière euro-péenne le bruit perpétuel de ses vagues, qu’on dirait composé dela querelle éternelle du Nord et du Midi, après avoir reçu douzemille cours d’eau, arrosé cent quatorze villes, séparé, ou, pourmieux dire, divisé onze nations, roulant dans son écume et mê-lant à sa rumeur l’histoire de trente siècles et de trente peuples,il se perd dans la mer. Fleuve-Protée, ceinture des empires, fron-tière des ambitions, frein des conquérants, serpent de l’énormecaducée qu’étend sur l’Europe le dieu Commerce, grâce et pa-rure du globe, longue chevelure verte des Alpes qui traîne jusquedans l’Océan.
» Le Rhin a tous les aspects. Il est tantôt large,-tantôt étroit. Ilest glauque, transparent, rapide, joyeux de cette grande joie quiest propre à tout ce qui est puissant. Il est torrent à Schaffhouse ,gouffre à Laufen, rivière à Sœckingen, fleuve à Mayence, lac àSaint-Goar, marais à Leyde ...
»... La partie du fleuve la plus célèbre et la plus admirée,la plus riche pour le géologue, la plus curieuse pour l’historien,la plus importante pour la politique, la plus belle pour le poète,c’est ce tronçon du Rhin central qui, de Bingen à Kœnigswinter ,traverse du levant au couchant le noir chaos de collines volca-niques que les Romains nommaient les Alpes des Cattes. De