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escadrons, les brusques voies de fait de Sickingen, le grand che-valier, les savants assauts de Burtenbach , le grand capitaine, ilsont tout vu, tout bravé, tout subi. Aujourd’hui, mélancoliques, lanuit, quand la lune revêt leur spectre d’un linceul blanc, plusmélancoliques encore en plein soleil, remplis de gloire, de re-nommée, de néant et d’ennui, rongés par le temps, sapés par leshommes, versant aux vignobles de la côte une ombre qui vas’amoindrissant d’année en année, ils laissent tomber le passépierre à pierre dans le Rhin , et date à date dans l’oubli.
» O nobles donjons ! O pauvres vieux géants paralytiques !O chevaliers affrontés ! Un bateau à vapeur, plein de marchandset de bourgeois, vous jette en passant sa fumée. » (Victor Hugo ,Le Rhin, t. II, lettre 25.)
Le Rhin héroïque commence vraiment en aval de Mayence . De làjusqu'à Bonn , le fleuve a dû se frayer un passage à travers les montagnesschisteuses qui lui barraient la route; il a rompu l’obstacle, et se précipitedans le trou de Bingen entraînant dans son flot d'émeraude les eaux cui-vrées de la Nahe; le Taunus, le Westerwald et le Siebengebirge à droite;le Hundsrück et l’Eifel à gauche, l’enferment comme dans un étroit couloir;des collines escarpées, couronnées de bois et de vignobles, et créneléesde majestueuses ruines féodales, cachent leur base sous ses eaux vertes;il a fallu entamer ces massifs pour tracer les routes et les chemins de fersur les deux bords. « De nombreuses petites villes, charmantes à distance» surtout, s’étendent avec leurs églises et leurs bâtiments antiques le long» de la rive ou à l’entrée des vallées latérales; partout ce ne sont que mai-» sons isolées, vieux couvents ou villas modernes, et les souvenirs histo-» riques ou légendaires ajoutent un charme de plus au charme de la navi-» gation. Près de Bingen , le Maeusethurm consacre par son nom la» légende de l’archevêque Hatton que dévorèrent les souris pour le punir de» la dureté de son cœur pendant une grande famine; en face de Caub , la» vieille forteresse de la Pfalz , qui émerge du fleuve, sur un bloc de rochers,» fut le théâtre d'un mariage furtif qui réconcilia momentanément les \Velfs» et les Ilohenstaufen ; à Saint-Goar a prêché, dès le sixième siècle, un des» premiers missionnaires qui firent revivre le christianisme dans le pays rhé-» nan après son éclipse causée par l'invasion barbare; la Lurley a encore son» tourbillon et son écho à défaut de l’enchanteresse qui y précipitait dans» l’abime les adorateurs attirés par sa blonde chevelure et son chant mélo-» dieux; et au Kœnigstuhl de Ithense on montre toujours les sièges en» pierre du roi de Germanie et de ses sept électeurs. » (A. IIimly, 1.1, p. 144.)
« Il y a encore près de Saint-Goar le Rheinfels , toute une mon-tagne évidée à l’intérieur avec des crêtes de ruines sur sa tête;deux ou trois étages d’appartements et de corridors souterrainsqui paraissent avoir été creusés par des taupes colossales ; d’im-menses décombres, des salles démesurées dont l’ogive a cinquantepieds d’ouverture ; sept cachots avec leurs oubliettes pleines d’une