520 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
La Germania. —Ringen, petite ville hessoise de 7000 habitants, nedoit qu’à sa situation géographique l’honneur de contempler aujourd’hui lemonument national de l'imite allemande. La ville garde l’entrée de ce cou-loir, célèbre par sa beauté sévère, qui, jusqu'à Cologne, serre le Rhin enlredes bords abruptes. Sur la rive qui fait face à la Nahe , s’élève à pic, à250 mètres au-dessus de la vallée, le long coteau du Niederwald. C’est surce territoire prussien que se trouvent maintenant les vignobles fameux deRudesheim, Assmannshausen, Geisenheim , Marcobrunner, Sleinberg, quiproduisent les grands crûs du Rhin, et Johannisberg , dont on voit au loin,sur une crête, le château, aujourd’hui propriété du prince de Metternich .
Les souvenirs historiques se pressent dans cette région : chaque pierre,chaque ruine a sa légende; les Allemands ont fait du Rhin comme leurfleuve sacré et l’entourent d’un véritable culte. Tous, poètes et soldats, nel’appellent autrement que 1 epère (Vater Rhein) ; sur ces bords, témoins detant de révolutions, de batailles, de grandeurs ou de calamités nationales,ils ont voulu asseoir le symbole de l’ijnité germanique reconstituée. Ils onttenu sans doute aussi à rapprocher de la frontière de France le monumentélevé en face des Vosges pour perpétuer le souvenir de nos récentesdéfaites. L’inauguration du monument colossal de la Germania a eu lieu le28 septembre 1883, en présence de l'empereur Guillaume I er , de safamille et de ses généraux, des rois d’Espagne, de Serbie et de Saxe , etc.,et de plus de cent mille personnes échelonnées sur les deux rives dufleuve. 11 a été érigé à l'aide de souscriptions privées, en partie avec lebronze fourni par des canons français donnés par l’empereur; il a coûté1 300 000 francs ; il est l’œuvre du sculpteur Schilling et de l’architecteMeissbach, l’un et l’autre de Dresde .
« Le monument se compose d’une statue de la Germania , haute de10 mètres, surmontant un piédestal de 24 mètrçs de hauteur, orné de bas-reliefs et de groupes accessoires, et dressé non loin de la cime du Nieder-wald, sur la rive droite du Rhin, vis-à-vis de Bingen et du confluent de laNahe . « La Germania, une jeune femme, aux longs cheveux épars, la» tète ceinte du chêne allemand , le torse moulé dans une cuirasse qui» dessine ses formes élégantes et robustes, tient d’une main le glaive, dont» la pointe est baissée, et dont la poignée est entourée de laurier ; de» l’autre, elle élève la couronne impériale, symbole de la nouvelle forme» politique de l’Allemagne unie. La déesse s’adosse à un tronc supporté par» deux aigles. Elle est, de la tète aux pieds, drapée de brocart, sur lequel» éclate l’aigle à deux têtes prussien, devenu l’animal héraldique du jeune» empire.
» Le socle de la statue porte, sur ses faces latérales, les noms des» victoires de la guerre franco-allemande : Wissembourg, Wœrth , Spi-» keren, Courcelles, Mars-la-Tour, Gravelotte, Sedan, Strasbourg ,
» Me&, le Bourget, Amiens, Orléans, le Mans , Saint-Quentin, Paris;» derrière, la date du traité de Francfort , 10 mai 1871. La dédicace suivante.» est inscrite aux pieds de la statue : A la mémoire du vaillant et victo-» vieux relèvement de la nation allemande et au rétablissement de» l'empire allemand (1870-71). Au-dessous se détachent, en bronze, en-» tourés des écussons des Etats confédérés, la Croix de Fer, insigne des» combattants de la guerre de 1870-71, et l’aigle impériale. Le piédestal» représente un bas-relief de bronze, l’empereur à cheval, entouré des» princes, ministres et généraux, tous en pied, en grandeur naturelle, et» modelés d’après leurs photographies, au nombre de plus de cinquante.
» Les bas reliefs latéraux représentent le départ pour la guerre et le