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L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

de plus calme et de plus poétique que cette nappe d’eau d’unetransparence glauque, où la fine colonne des pins se mire comme jdans une glace polie. Deux heures de marche encore, et nous |voici au bord de la Dürren See. Au premier abord on est tenté Ide prendre pour une immense table de malachite ce lac verdâtre !dont les veines, les stries, les reflets rappellent l’aspect de cemarbre de Sibérie . Rien de plus étrange que la teinte de ceseaux. Pas une ride à leur surface. Leur immobilité absolue leurdonne un éclat singulier, en quelque sorte fascinateur : une si-rène sortirait de leur sein qu’on n’en éprouverait pas le moindreétonnement. Ce lac mystérieux reçoit trois tributaires, et cepen-dant il n’en sort aucune rivière. 11 ne déborde jamais, et nul nesait où il déverse les eaux qui se perdent dans ses profondeurs.

» Des bords du lac, nous aperçûmes pour la première fois lesgéants dolomitiques : les Drei Sinnen, le Piz Popena , et plusprès, nous dominant de toute la hauteur de ses escarpementsaériens, l’auguste et incomparable Monte Cristallo, avec sonmanteau immaculé de neiges éternelles et sa cuirasse de glacejetée sur ses épaules à près de 3 000 mètres d’altitude... »

» ... Dans ces contrées, les pâturages élevés où les bestiauxpassent tout l’été s’appellent des alpes . Les bergers y viventdans de grossières cabanes faites de troncs d’arbres à peineéquarris, où ils se vouent à la fabrication du fromage. L’alpeMisurina est un type parfait de ces hauts pâturages des Dolo-mites : une superbe prairie ondulée comme les vagues de la mer,aussi verte que les prairies de la verte Erin, nourrissant des bes-tiaux gras comme ceux des pâturages hollandais, et, pour cadreà ce tableau, des montagnes nues et stériles, aux formes tour-mentées, d’une teinte gris-cendre, découpant sur le bleu du cieldes cimes aiguës, tailladées en scie, d’un aspect étrange et sau-vage. C’est l’oasis à côté du désert, l’idylle en face de la désola-tion.

» Au milieu de ces pâturages il n’y avait plus la moindretrace de la direction à suivre. Nous primes le parti de marcherbravement en droite ligne, et nous finîmes par rejoindre unchemin qui nous mena au milieu de l’entonnoir verdoyant oùdort le lac Misurina. Je n’ai rien vu de plus calme, de plus silen-cieux, que ce petit lac de montagne placé au-dessus des tem-pêtes : il réfléchit le paysage environnant dans le cristal miroitantde ses eaux immobiles. Aucun souffle ne ride sa face diaphaneaux reflets d’émeraude. Aucune aile ne traverse les airs au-dessus