ses maîtres, elle est fière de ses anciennes prérogatives et de sesvieilles libertés.
» La Galicie est aussi un beau et noble pays, avec ses lacsbleus qui sommeillent au fond des vallées noires, ses montagnesabruptes, couvertes de neige et de forêts vierges, de pins durs etserrés, où le vent roule ses longs gémissements, où l’ours seréfugie quand il est poursuivi par le chasseur. Le climat y estrude, la terre ingrate ; c’est une terre de roc, de cascades etd’avalanches. Disséminée dans ses petits châteaux, une noblesseinnombrable et prodigue, de mœurs légères, passe sa vie dansles plaisirs; le moyen âge y meurt en se couronnant de roses.
» Au nord s’étend la Bohème, contrée sévère, laborieuse,adonnée à l’agriculture, au commerce et à l’industrie. Dans seschamps fertiles et bien cultivés vit une honnête et intelligentepopulation, riche et prospère. Les fermes sont vastes, rempliesde récoltes et de provisions. La Bohême est le coffre-fort del’Autriche . L’au-rore de la littérature slave s’est levée à l’uni-versité de Prague , berceau du panslavisme. Dans ce pays d’as-pect rude, les caractères sont fortement trempés, les haines poli-tiques et religieuses ardentes.
... » Si nous nous tournons maintenant vers le sud, nousapercevons la dentelure lointaine et vaporeuse des montagnesde la Styrie, derrière laquelle les Alpes du Tyrol forment commeun double rempart. La Styrie nourrit dans ses pâturages destroupeaux magnifiques et recèle dans ses flancs des monceaux defer, de cuivre, de plomb : Sibérie en hiver, Italie en été.
» Le Tyrol ! Qui ne connaît le Tyrol, cette Bretagne de l’Au-triche ? Peuple vaillant, libre et fier, peuple de guerriers et dechasseurs. Les sommets de cette vieille et héroïque terre sontd’un puissant attrait. Dans le Tyrol du Sud , où l’on cultive lever à soie, où la vigne se marie au châtaignier, les brises ita-liennes apportent sur leurs ailes les parfums de l’oranger et leschants du rossignol. Cette province, comme la Suisse , a deuxaspects : l’un austère et grandiose, avec ses pics neigeux, sesprécipices que franchit le chamois, et au-dessus desquels l’aigleconstruit son aire inaccessible ; l’autre gracieux, doux, serviable,avec ses collines aux suaves ondulations, ses coteaux verts où ritle soleil du midi, ses ruisseaux dociles qui murmurent toutel’année la joyeuse idylle du printemps.
» Quel merveilleux spectacle que celui de cette Autriche , vueainsi à vol d’oiseau, du haut de la tour de Saint-Etienne I On