Dobroudja. — Les territoires formant la Dobroudja figurent sur lèscartes un quadrilatère irrégulier entre la mer Noire, le Danube et une ligneconventionnelle allant de Silistrie aux environs de Mangalia. Us ont étécédés à la Roumanie par le traité de Berlin (1818) en échange de la Bessa-rabie roumaine donnée aux Russes; la Dobroudja couvre 13510 kilom.car.,y compris le Delta danubien; la Bessarabie cédée 9400 seulement; maisl’échange a fait perdre aux Roumains un sol riche et bien cultivé, auquelles marécages insalubres de la Dobroudja ne sauraient se comparer. LesRoumains ont réorganisé celte province et l’ont divisée en deux districts :1» Touitcha 19 000, commerce de céréales, bois, poisson salé, avec lesarrondissements et’villes de Soulina,5 800, où tous les bâtiments de merfranchissent la barre du bras Danubien navigable (11 à 12 000 naviresparan); Matchin,3 000; Babadagh, 4000, bois de construction, dans un cantonmontagneux et fertile, mais rendu insalubre par le voisinage des ma-rais côtiers ; sur le bras de Saint-Georges, sont les établissements tar-tares de Mahmoudié et Dunavecz. A 60 kilom. de la bouche de Soulina, s’é-lève un îlot de falaises, Vile des Serpents, la Leucé des Grecs; elle est ainsinommée à cause d’une espèce de reptiles noirs qui y foisonnent. Un phareT remplace aujourd’hui le temple d’Achille des Grecs. > — 2° Kustendje ouCostantza, 3 000. anc. Constantine, ainsi nommée d’une sœur de Cons-tantin, à deux lieues de Tomi qui fut le lieu d'exil d'Ovide , principalport des grains du pays sitr la mer Noire ; avec les arrondissements etvilles de Hirsova 5000, Mangalia,port sans importance; Medjidié, centredes établissements tartares; Iîassova, 2 000, port du Danube ; Tcherna-voda d’où part le chemin de fer de Kustendje, construit au nord duval ou rempart dit de Trajan .
Le pays lut jadis occupé parles Gètes, les premiers ancêtres des Rou-mains. Ces Gètes avec lesquels Ovide exilé vivait et conversait ( didicigelice sarmaticeque loqui) étaient des Dobroudjiens. On a découvert en1854 sur l’emplacement au village actuel d'Anadoli Keui. à quelques kilo-mètres de Kustendje, le lieu d'exil du poète, Tomi. — Près de Kustendje,commence le rempart de Trajan, élevé en ligne transversale.du Danube àla mer Noire . Il est double et même triple en certains endroits, et encoreintact jusqu’à une hauteur de 8 à 10 pieds : en dehors se voit un fossé; endedans gisent de gros blocs de pierre, débris des murs écroulés; de dis-tance en distance, dans la vallée marécageuse , on reconnaît les traces devastes camps romains. On a souvent attribué la construction de ce retran-chement à l’empereur Trajan. Ammien Marcellin (xxxi, 8) dit que ces lignesde défense ont été élevées sous l’empereur Yalens, en 377, par les soinsd'un maître des milices romaines, nommé Trajan , qui commandait l’arméeromaine opposée aux Goths (Gètes).
La population de la Dobroudja en 1884 s’élevait à 107000 habitants; en1878, avant la guerre, elle en comptait 222 000; les statistiques sont d’ail-leurs des plus incertaines. La population est très bigarrée : l’on y trouvecôte à côte des Turcs-Osmanlis, des Arabes , des Tartares musulmans, desRoumains, des Grecs, des Bulgares, des Rtisses chrétiens ;— des juifs enpetit nombre ; — quelques centaines d 'Allemands , composés en partie decolons qui ont émigré de la Bessarabie pour fuir le service militaire russe,en partie d 'Alsaciens catholiques qui témoignent pour la France un attache-ment inébranlable. — Les Russes de la Dobroudja s'adonnent à la pècheet à la préparation du poisson salé ; ils habitent par petits groupes lesrives du bas Danube. Avant 1875, la Turquie les avait exemptés du servicemilitaire et ils s’étaient attachés à leur patrie adoptive, au point que, pen-